Les patrons travaillent beaucoup, parfois plus de 50 à 60 heures par semaine, consultent leurs mails même pendant les pauses. Un coup de fil ou un SMS reçu en soirée, pendant un repas en famille, le week-end, sera rarement ignoré : prospects, clients et fournisseurs, salariés parfois, attendent des réponses immédiates. Résultat : pas ou peu de répit, une déconnexion de la vie professionnelle quasi inexistante. Le tout, sans remise en question d’un fonctionnement pourtant coûteux en stress, en charge mentale et en fatigue.
Pression de la conformité
« Il existe une norme implicite qui pousse les chefs d’entreprise à répondre à toutes les sollicitations, même en dehors des heures de travail », confirme d’emblée Didier Truchot, professeur émérite de psychologie sociale et chercheur à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon.
Les dirigeants fonctionnant pour la plupart sur ce modèle, il n’est pas question d’interroger celui-ci : « En adoptant cette norme implicite, on répond aussi à la pression à la conformité, poursuit cet expert, nécessaire pour faire partie du groupe. »
Même son de cloche du côté de Delphine Remillon, directrice de recherche à l’INED (Institut national d’études démographiques), qui mène depuis 2024 l’étude FamEmp, autour de l’articulation vie privée / vie professionnelle des Français, dont les premiers résultats ont été récemment publiés 1 : « Les dirigeants d’entreprise ont intériorisé ces normes de disponibilité permanente et, dans le même temps, les outils numériques nomades ont favorisé cette sursollicitation », développe-t-elle.
Ce à quoi il faut ajouter la pression de la concurrence, qui oblige à offrir une qualité de service et une relation client toujours plus soignées, mais aussi « la crainte du jugement en ligne » – cette possibilité d’être « noté » par les clients sur Internet –, une tendance croissante dans « ce monde de l’évaluation perpétuelle », rappelle Didier Truchot.