Après les canicules successives depuis juin, on aurait pu croire l’épisode de sécheresse refermé avec l’arrivée de l’automne. Il n’en est rien. Début septembre, les réserves des nappes phréatiques sont au plus bas dans une large partie du pays : au 3 septembre, encore 75 départements étaient classés au niveau sécheresse « crise » et 17 au niveau « alerte renforcée ». Nombre des arrêtés préfectoraux qui organisent ces restrictions resteront en vigueur jusqu’à fin octobre, voire novembre, et de nouveaux textes paraissent ou se durcissent chaque jour. Le message est clair : la baisse des températures ne signifie pas un retour à la normale pour la ressource en eau, et les entreprises doivent rester attentives sur la durée.
Un cadre national, des déclinaisons locales
Depuis le décret du 23 juin 2021, la gestion de la sécheresse repose sur quatre niveaux de gravité – vigilance, alerte, alerte renforcée, crise –, définis département par département par les préfets, en fonction des bassins versants. Le guide national sécheresse, actualisé en juillet dernier, fixe un socle commun de mesures, mais les préfets peuvent le renforcer localement, jusqu’à interdire totalement, en niveau crise, le nettoyage des façades, toitures et véhicules, même par des professionnels.
Ces restrictions concernent en premier lieu le ravalement de façade, l’isolation thermique par l’extérieur (ITE), la maçonnerie et, plus largement, toute activité nécessitant un lavage des supports ou des engins de chantier. Pour connaître le niveau applicable à un chantier donné, la plateforme officielle VigiEau reste la référence : elle indique, commune par commune, le niveau de restriction en vigueur et permet de s’abonner aux alertes de changement.
Accédez à VigiEau.
Les enjeux ne sont pas anecdotiques. Le non-respect d’un arrêté sécheresse expose à une amende pouvant atteindre 7 500 € par infraction pour une personne morale, cumulable à chaque manquement constaté. À l’inverse, un arrêté qui empêche la réalisation de travaux peut justifier une prolongation légitime du délai d’exécution – à condition de l’avoir anticipé dans les devis – ou, sous conditions strictes, un recours à l’activité partielle.
Les fédérations locales, relais direct auprès des préfets
Face à des arrêtés parfois rédigés de façon stricte ou ambiguë, les fédérations départementales disposent d’une réelle capacité d’action auprès des préfectures. Trois leviers sont mobilisables selon les cas :
- demander au préfet de clarifier le périmètre d’une exception déjà prévue (pour les professionnels) ;
- solliciter, lorsque le dispositif l’autorise, des dérogations individuelles ou collectives ;
- ou, en l’absence de toute exception, demander une évolution de l’arrêté-cadre départemental.
Cette démarche est facilitée lorsque l’arrêté-cadre est en cours de révision (tous les trois à six ans environ). Plusieurs fédérations locales ont déjà obtenu des dérogations collectives pour les travaux de façade nécessitant un nettoyage préalable. C’est ce travail de proximité, arrêté par arrêté, qui permet de sécuriser la poursuite des chantiers, là où le cadre national laisse une marge d’interprétation aux préfets.
Les entreprises confrontées à une restriction bloquante sur un chantier sont invitées à se rapprocher sans délai de leur fédération départementale.
La baisse des températures ne signifie pas un retour à la normale pour la ressource en eau, et les entreprises doivent rester attentives sur la durée.
Anticiper plutôt que subir
Au-delà de la gestion de crise, la FFB aide les entreprises à structurer une véritable démarche de sobriété hydrique : suivi de la consommation d’eau par chantier, recours à des produits de décontamination sans rinçage ou à des stations de lavage en circuit fermé, récupération des eaux de pluie, sensibilisation des équipes aux écogestes, etc.
La FFB aide les entreprises à mettre en place une véritable démarche de sobriété hydrique.
Une enquête nationale menée en 2025 auprès de près de 600 entreprises de travaux de façade, complétée par une campagne de mesures sur chantier qui se poursuit jusqu’à la fin de l’année, permet à la fédération d’objectiver ces consommations et de mettre en place des actions collectives, en lien avec les agences de l’eau. Suivre ses consommations d’eau n’est pas qu’un geste vertueux : c’est aussi ce qui permettra à une entreprise de justifier plus facilement une demande de dérogation en cas de contrôle.