Nouvelle onde de choc

Les carnets de commandes des entreprises, aux environs de 7,3 mois à fin mars, permettent d’alimenter l’activité l’immédiate du secteur, toujours tirée par la construction de maisons individuelles et la rénovation énergétique. Toutefois, comme anticipé dans nos prévisions de la fin 2021, de premières fissures se dessinent.

On relève notamment que les ventes de maisons individuelles abandonnent 15 % en glissement annuel sur le cumul décembre 2021-février 2022. Un fléchissement de l'activité bâtiment s'en suivra dans les prochains mois. Ce constat résulte très certainement du contrecoup de l’anticipation de la RE2020, entrée en vigueur le 1er janvier 2022, peut-être aussi de la réglementation du Haut Conseil de stabilité financière sur le crédit immobilier.

 

7:1830/03/2022
Rédigé par FFB Nationale

S’y ajoutent également les premiers effets du « Zéro artificialisation nette » (ZAN), certaines collectivités traduisant l’objectif en arrêt immédiat de toute construction. Il faut bien dire que l’hyper-technicité des échanges autour de la définition même de l’artificialisation incite aux raccourcis, certes parfois abusifs, mais au moins compréhensibles. De fait, comment expliquer que le potager attenant à la maison de monsieur tout le monde est une surface artificialisée alors que le champ de pleine culture de l’autre côté du chemin ne l’est pas ? On peut d'ailleurs craindre que le législateur ne s’y retrouve pas non plus, lui qui avait mis en avant son intention claire d’exclure des espaces artificialisés les parcs, jardins de maisons individuelles ou espaces végétalisés à proximité des bâtiments d’habitation, parce qu’ils se révèlent souvent source d’une grande biodiversité.

 

Alors que la mise en œuvre du ZAN appuyée sur la nouvelle définition claire de l’artificialisation des sols interviendra en 2031, la FFB demande à ce qu’on prenne le temps d’un débat serein pour déboucher sur un mécanisme opérationnel parce que compréhensible par tous. A contrario, la précipitation nous conduit irrémédiablement vers un système inapplicable et contestable, ce qu’il faut à tout prix éviter.

 

Un durcissement récent lié à la guerre en Ukraine

Le rebond qui avait suivi les premiers confinements peinait à se transformer en véritable reprise, le déclenchement de la guerre en Ukraine a bouleversé le paysage et sans doute cassé la dynamique. Aux premières annonces de pénuries chez nos fournisseurs, pas véritablement confirmées depuis, ont rapidement succédé des hausses de prix vertigineuses et parfois répétées. En un mois, nous collectons régulièrement des progressions annoncées à deux chiffres. Et la quasi-totalité des matériaux se trouve concernée, soit parce que leur production nécessite beaucoup d’énergie, facteur dont les prix connaissent des variations erratiques autour d’une tendance nettement haussière, soit parce qu’ils dépendent eux-mêmes de matières premières ou de demi-produits pénalisés par la guerre.

Nous appelons à la solidarité de la filière depuis plus d’un an pour qu’un véritable partage des surcoûts se mette en place. Le mouvement s’est révélé beaucoup trop timide l’année dernière et se solde sur une hausse de coûts bâtiment de 5,4 % sur un an à fin décembre 2021 tous marchés et toutes tailles d’entreprises confondues, selon l’index BT01. C’est deux fois plus que l’inflation générale ! Ce partage devient totalement indispensable aujourd’hui. À défaut, l’envolée se révèle telle que nombre d’entre nous ne pourrons plus honorer les contrats signés ou aller chercher de nouveaux marchés dont on sait qu’ils finiront à perte. Les artisans et entreprises du bâtiment ont impérativement besoin de fournisseurs qui donnent un peu de visibilité et prennent leur part de l’effort, d’une part. D’autre part, dans un monde qui redevient inflationniste, ils ont aussi besoin de clients qui, jusqu’au bout de la chaine, réintègrent des clauses de variations de prix sur tous les marchés.

Enfin, la FFB demande aussi au gouvernement un soutien renforcé au secteur. Le BTP a été intégré au « Plan résilience », ce qui donne un cadre d’action ; en revanche, la case bâtiment reste largement à compléter. Dans l’immédiat, cela passe par deux mesures fortes, mais transitoires : le gel des pénalités de retard jusqu’en bout de chaine sur tous les marchés et la prise en charge intégrale de l’activité partielle. Il s’agit de mesures indispensables pour permettre le retour à un peu de sérénité. En complément, pour soutenir les artisans et entreprises dans la tempête, la FFB réitère sa demande relative au versement immédiat des créances de carry back ou de toute autre aide à la trésorerie qui ne passe pas par du crédit, déjà largement mobilisé avec le PGE.

 

Un ministère pour la filière

Tout ce contexte rebat les cartes de la campagne présidentielle. Alors que la crise des matériaux perturbe sévèrement le marché, la filière doit faire preuve de solidarité face à cette situation. La FFB vient donc de mobiliser tous les acteurs de la filière construction et immobilier pour obtenir, ensemble, la création d’un grand ministère dédié à « la construction durable et l’aménagement du territoire » dès le prochain quinquennat.

Un tel ministère permettrait de regrouper les actuels ministères du Logement, de la Ville et, pour son volet urbanisme, de la Cohésion des territoires pour dégager une vision d'ensemble et définir une stratégie dans le domaine de la construction, de l’habitat, des mobilités, des infrastructures et de l'aménagement des territoires.

 

En effet, aujourd’hui, les constats sont posés et les enjeux sont clairs :

  • le logement, premier poste de dépense des Français, doit être un outil en faveur du pouvoir d’achat des ménages ;
  • la construction doit être un acteur de lutte contre le réchauffement climatique ;
  • l’ensemble de la filière crée plusieurs dizaines de milliers d’emplois non délocalisables sur tous les territoires.

 

Les signataires de cet engagement représentent une puissance économique de premier ordre avec plusieurs centaines de milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, réalisés par des centaines de milliers d’entreprises de toutes tailles. C’est également une filière d’excellence avec environ 4 millions d’emplois en France, gage de la cohésion sociale de la nation.

 

France, terre de bâtisseurs

Cette demande de création d’un ministre s’inscrit pleinement dans les propositions de la FFB aux candidats dès octobre 2021 à savoir de faire du logement une grande cause nationale; d’assumer la transition énergétique et de valoriser l’innovation ; de simplifier la vie des entrepreneurs et enfin promouvoir l’emploi durable.

Dans le cadre des élections législatives, la Fédération va publier 85 propositions, qui émanent de son réseau. Ses propositions couvrent tous les champs législatifs qui impactent le quotidien des artisans et des entrepreneurs : urbanisme, fiscalité, formation, droit du travail, marché, etc. Lors du dernier quinquennat, 65 de nos propositions ont été retenues !

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