Loi de simplification de la vie économique - Ce qui change pour les entreprises du secteur

Publiée au Journal officiel le 27 mai après deux ans de concertation, la loi de simplification de la vie économique (SVE) déploie ses effets sur quatre fronts qui intéressent directement les entreprises du secteur : l’urbanisme, les baux commerciaux, les marchés publics et l’assurance. Nouvelles dérogations pour les projets énergétiques, rééquilibrage de la relation bailleur-preneur, relèvement des seuils de la commande publique, simplification de la résiliation des contrats d’assurance professionnels : voici les dispositions à connaître pour anticiper leurs effets sur votre activité.
14:4507/07/2026
Rédigé par FFB Nationale
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Batiment Actualité Numéro 13 | juillet 2026
Urbanisme

 

La loi de simplification de la vie économique (SVE) facilite les dérogations aux règles d’urbanisme pour les dispositifs liés à la performance énergétique et crée un bonus de constructibilité pour les bâtiments exemplaires.

 

De nouvelles portes ouvertes aux énergies renouvelables


Six mois après la loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement du 26 novembre 2025, le législateur remet l'ouvrage sur le métier. La loi SVE autorise, sur décision motivée, de nouvelles dérogations aux règles du PLU – sans qu’il soit nécessaire de passer par une lourde procédure de révision ou de modification.

 

Trois nouvelles dérogations possibles

Ces dérogations portent sur les règles d’emprise au sol, de hauteur, d’implantation et d’aspect extérieur des constructions, pour permettre l'installation:

  • d’équipements de production d’énergie renouvelable (EnR);
  • d’équipements de réseaux de chaleur ou de froid efficaces;
  • de revêtements réflectifs en toiture - le "cool-roofing" - destinés à améliorer le confort estival des bâtiments.

Ces dérogations s’appliquent à l’ensemble des immeubles dans tous les secteurs couverts par un PLU, à l’exception des bâtiments bénéficiant d’une protection patrimoniale, architecturale ou culturelle. La demande reste toujours à l’initiative du pétitionnaire, qui doit la formuler lors du dépôt du dossier d’autorisation d’urbanisme.

La loi SVE facilite les dérogations aux règles d’urbanisme pour les dispositifs liés à la performance énergétique.
Un bonus de constructibilité jusqu'à 30%  pour es bâtiments exemplaires.

Les règlements de PLU peuvent désormais prévoir dans les zones urbaines ou à urbaniser un dépassement des règles de hauteur et d’emprise au sol allant jusqu'à 30% pour les constructions affichant une exemplarité énergétique ou environnementale1, ou intégrant des procédés de production d’énergie renouvelable. On attend un décret pour préciser ces points.

C’est une belle avancée par rapport au maigre bonus de 25 cm par niveau (plafonné à 2,5m) introduit par la loi Climat et résilience de 2021.

  1. Une construction fait preuve d’exemplarité énergétique si elle atteint des résultats minimaux en termes de besoin en énergie (Bbio = RE 2020 -10%), de consommation en énergie primaire (Cep), de consommation en énergie primaire non renouvelable (Cep,nr = RE 2020 -10%) et l'impact sur le changement climatique de la consommation en énergie primaire (lc énergie = lc énergie max RE 2020) avec trois ans d’avance.

     

    Une construction fait preuve d’exemplarité environnementale si elle anticipe de trois ans les résultats minimaux en termes d’impact sur le changement climatique liés aux composants du bâtiment. Elle est évaluée sur l’ensemble du cycle de vie (Ic construction max).
Baux commerciaux

 

La loi SVE modifie aussi les pratiques locatives commerciales en renforçant le régime des baux commerciaux pour plus de protection des locataires.

 

Six mesures majeures pour rééquilibrer la relation bailleur-preneur

 

  1. Le paiement mensuel du loyer est de droit

    C’est une mesure phare pour les commerçants : désormais le paiement mensuel du loyer est de droit pour le preneur occupant un local à usage commercial, de gros ou de services à caractère commercial ou artisanal. La demande de loyer mensuel est formulée par le preneur et prendra effet à la prochaine échéance de paiement prévue au bail, à condition que le locataire ne soit pas en situation d’arriérés non contestés. Mesure d’ordre public, elle s’applique aux baux nouveaux, renouvelés ou en cours au 26 mai 2026 – toute clause contraire étant réputée non écrite.

  2. Le dépôt de garantie plafonné à trois mois de loyer

    Le bailleur ne peut plus exiger d’un locataire commercial une garantie supérieure à l’équivalent de trois mois de loyer Cette limite s’applique aux baux conclus ou renouvelés à compter du 26 mai 2026. La question des garanties complémentaires – caution personnelle, garantie à première demande – reste néanmoins ouverte : en l'absence de jurisprudence, la doctrine considère qu’elles n’entrent pas dans l’assiette du dépôt de garantie.

  3. Cession du local : le vendeur rend la garantie, l’acheteur en demande une nouvelle

    En cas de mutation du local (vente ou donation), le cédant a désormais l’obligation de restituer au locataire le dépôt de garantie et de procéder aux mainlevées nécessaires dans un délai de six mois. L’acquéreur devra, pour sa part, obtenir un nouvel engagement du preneur. Cette disposition d’ordre public s’applique aux ventes intervenant à compter du 27 aout 2026.

  4. Départ du locataire : restitution de la garantie sous trois mois

    Les sommes versées à titre de garantie devront être restituées dans un délai raisonnable ne pouvant excéder trois mois à compter de la remise des clés. Une contrainte qui pourra s’avérer délicate pour le bailleur lorsque la reddition des charges intervient après cette restitution. Mesure d’ordre public, elle s’applique aux remises de clés survenant à compter du 27 août 2026.

  5. La clause « tunnel » consacrée par la loi

    La clause dite "d'échelle mobile" ou clause "tunnel", qui encadre la variation annuelle de l’indice des loyers commerciaux (ILC) dans les mêmes proportions à la hausse et à la baisse, est
    désormais légalisée. Cette possibilité reste limitée aux baux indexés sur l’ILC et exclut les locaux à usage de bureaux ou d’activités tertiaires, soumis à l’ILAT. Non couverte par l’ordre public, la mesure s’applique immédiatement aux baux qui la prévoient.

    La loi SVE resserre les conditions dans lesquelles un juge peut suspendre les effets d’une clause résolutoire.

  6. Délai de grâce : des conditions plus strictes pour suspendre la clause résolutoire

    La loi SVE resserre les conditions dans lesquelles un juge peut suspendre les effets d’une clause résolutoire. Désormais, l’octroi d’un délai de paiement est subordonné à deux conditions cumulatives

        • le preneur doit démontrera sa capacité à régler la dette locative
        • il doit avoir versé intégralement le loyer courant avant la date de la première audience.

    Applicable dès le 26 mai 2026 à toutes les procédures initiées, cette mesure d’ordre public vise à renforcer la sécurité juridique des bailleurs, tout en maintenant une soupape pour les locataires de bonne foi.

 

A noterLa disposition qui prévoyait d’interdire au bailleur de refacturer la taxe foncière au locataire commercial a été abandonnée dans le texte définitif de la loi.

 

Marchés publics

 

  • Plateforme de dématérialisation

Les acheteurs de l’État (ministères, universités, etc.) et les organismes de sécurité sociale devront obligatoirement utiliser PLACE2, la plateforme de dématérialisation fournie gratuitement par l’État, pour leurs communications et échanges liés aux marchés publics.

Les collectivités territoriales et leurs établissements publics pourront, s’ils le souhaitent, utiliser cette même plateforme. Cette obligation entrera en vigueur à une date fixée par décret pour chaque catégorie de maître d’ouvrage, au plus tard le 31 décembre 2030.

 

  • Hausse des seuils et marchés innovants

A partir du 1er janvier 2027, un maître d’ouvrage public pourra conclure un marché de travaux sans publicité ni mise en concurrence si le montant estimé du marché est inférieur  à 140 000€ HT ( 100 000 € HT jusqu'au 31 décembre 2026).

La FFB se félicite de cette mesure qui encourage et facilité l'accès des TPE/PME à la commande publique en supprimant les démarches administratives complexes liées aux autres procédures (procédures adaptée, appels d’offres, dialogue compétitif, etc.).

Pour les marchés de travaux, fournitures ou services innovants3 inférieurs à 140 000 HT, 15% du montant total pourront être réservés à des jeunes entreprises innovantes.

Depuis le 1er juillet 2026, un marché innovant au-dessous de 140 000 € HT pourra aussi être passé sans publicité ni mise en concurrence.

 

  • Variantes dans les marchés

Pour les procédures formalisées (appel d’offres, dialogue compétitif), les variantes sont désormais autorisées par principe, sauf si l’avis de marché les interdit expressément. Pour les procédures adaptées, les variantes sont également autorisées par défaut, sauf siles documents de la consultation les excluent.

La FFB se félicite de cette mesure de nature à stimuler la concurrence et le développement de solutions nouvelles, innovantes ou durables.

 

Les acheteurs de l’État et les organismes de sécurité sociale devront obligatoirement utiliser PLACE.

 

  • Sous-traitance :  clarification du champ d’application

La loi SVE réaffirme que les organismes privés d’habitation à loyer modéré (bailleurs sociaux, ESH, ex-SA d’HLM) sont bien soumis aux règles prévues par le Code de la commande publique en matière de sous-traitance (ex.: déclaration du sous-traitant au maître d’ouvrage, paiement direct du sous-traitant par le maître d’ouvrage lorsque le montant des prestations sous-traitées dépasse 600 € TTC, etc.)4.

 

Assurance

 

  • Résiliation du contrat à « tout moment »

 

Jusqu’à présent, pour résilier votre contrat, vous deviez envoyer votre demande au moins deux mois avant la date d’échéance annuelle. Avec cette loi, les microentreprises et les PME pourront bientôt résilier certains contrats d’assurance à tout moment de l’année. Pour user de cette possibilité, il vous faudra remplir les conditions suivante :

  • être une microentreprise ou une PME (entreprise de moins de 250 salariés dont le chiffre d'affaires n'excède pas 50 millions d'euros);
  • bénéficier d’un contrat dont l’objet est de vous couvrir pour des dommages directs causés à vos biens à usage professionnel (précision sur les contrats visés par décret à paraitre);
  • attendre l’expiration d’un délai d’un an à compter de la première prise d’effet du contrat;
  • le contrat devra avoir été conclu ou renouvelé à partir de la publication du décret en Conseil d’État.

 

Il n’est pas dans l’intérêt des entreprises de changer trop souvent d’assureur.

 

Cette disposition devrait permettre aux entreprises concernées de résilier plus facilement leur contrat dans certaines situations (augmentation importante ou injustifiée de la prime, refus de l’assureur d’adapter les garanties, etc.) mais attention au découvert de garantie! Il conviendra impérativement d’avoir une offre ferme d’un assureur avant de lancer la procédure de résiliation. De même, cette disposition ne doit pas conduire les entreprises à céder aux sirènes des prix les plus bas; il est indispensable d’étudier avec attention la nature et l’étendue des garanties proposées avant de se lancer. Enfin, il n’est pas dans l’intérêt de l’entreprise de changer trop souvent d’assureur; cette nouvelle faculté devra donc être utilisée avec discernement.

 

  • Délais d’indemnisation

 

Encadrement des délais d’indemnisation5

  • lorsqu’un expert est désigné, l’assureur doit adresser une proposition d’indemnisation, de réparation en nature ou un refus motivé dans un délai de six mois à compter de la déclaration du sinistre. Si les causes du sinistre ou l’évaluation des dommages n’ont pu être établies à l’expiration de ce délai, l’assureur adresse une proposition d’acompte ou notifie à sa décision motivée de ne pas accorder d’acompte à ce stade
  • en l’absence de désignation d’un expert, ce délai est porté à deux mois.

A compter l’accord sur la proposition d’indemnisation ou d’acompte, l’assureur disposera d’un délai d’un mois pour missionner l’entreprise chargée de procéder à la réparation du bien ou de vingt et un jours pour verser l’indemnisation ou l’acompte dû. Si l’assureur ne respecte pas ces délais, l’indemnité ou l’acompte produira des intérêts au taux de l’intérêt légal. Cette disposition vise à accélérer les délais d’indemnisation. Elle ne s’appliquera pas aux assurances pour lesquelles des dispositions spécifiques sont déjà prévues par le Code des assurance (ex.: assurance dommages-ouvrage).

 

  • Autres dispositions de la loi

 

  • Lorsque l’assureur refuse la souscription du contrat d’assurance, il devra désormais vous informer, dans son courrier de refus, de l’existence du Bureau central de tarification et des modalités de saisine de ce dernier;
  • les franchises ne s’appliqueront qu’une seule fois en cas de succession d’aléas naturels sur une période courte. Un décret devra préciser les modalités d’application de ce dispositif;
  • en cas de désaccord sur les conclusions de l’expert mandaté par l’assureur, ce dernier devra rappeler la possibilité dé demander une contre-expertise.
  • alors qu’avant l’adoption de cette loi, l’assureur n’était tenu de motiver la résiliation que pour les contrats d’assurance des personnes physiques, il sera désormais tenu de le faire pour les risques professionnels.

 

 

Notes
  1. Une construction fait preuve d’exemplarité énergétique si elle atteint des résultats minimaux en termes de besoin en énergie (Bbio = RE 2020 -10%), de consommation en énergie primaire (Cep), de consommation en énergie primaire non renouvelable (Cep,nr = RE 2020 -10%) et l'impact sur le changement climatique de la consommation en énergie primaire (Ic énergie = Ic énergie max RE 2020) avec trois ans d’avance.
    Une construction fait preuve d’exemplarité environnementale si elle anticipe de trois ans les résultats minimaux en termes d’impact sur le changement climatique liés aux composants du bâtiment.
    Elle est évaluée sur l’ensemble du cycle de vie (Ic construction max).
  2. PLACE: Plateforme des achats de l'Etat
  3. Article L2172-3 du Code de la Commande Publique (CCP) "sont considéré comme innovants les travaux, fournitures ou services nouveaux ou sensiblement améliorés. Le caractère innovant peut consister dans la mise en œuvre de nouveaux procédés de production ou de construction, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques, l'organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de l'entreprise."
  4. Réécriture de l'article L2193-1 du CCP
  5. Voir le nouvel article L.121-18 du Code des assurances.

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