Artisanat du bâtiment : une femme de challenges

Entretien avec Lætitia Lebriez, dirigeante, SARL Bois d’Antan, Pas-de-Calais : Menuiserie, Agencement, 10 salariés
9:0529/03/2023
Rédigé par FFB Nationale
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Batiment Actualité Numéro 6 | mars 2023

Quel parcours vous a conduite au bâtiment ?

Le début de mon parcours n’avait rien à voir ou presque avec le bâtiment. Je dis presque parce que mes parents ont créé, en 1986, la société Bois d’Antan et que, petite, il m’est arrivé plus d’une fois de m’y rendre. Mais moi, je me destinais à autre chose. À l’origine, j’ai suivi des études pour obtenir un BTS d’analyste biologique et devenir technicienne de laboratoire. À ce titre, j’ai exercé pendant quelques années à l’Institut Pasteur. Mais la vie nous réserve bien des surprises… D’autres métiers ont enrichi mon CV, comme responsable de magasin, collaboratrice d’agent d’assurances durant une dizaine d’années. À l’époque, nous étions, mon mari et moi, professionnellement partagés entre Lille et Paris, et c’est vite devenu insupportable. Nous avons alors décidé conjointement de nous reconvertir et de reprendre l’entreprise de mes parents, qui à cette époque souhaitaient vendre. C’était un vrai challenge, parce que nous n’étions pas du métier. Nous avons donc dû retourner, chacun dans notre domaine, sur les bancs de l’école : mon mari s’est formé au métier avec mon père, et moi, pour pouvoir diriger correctement l’entreprise, j’ai suivi l’École supérieure des jeunes dirigeants du bâtiment (ESJDB). Un cursus de 18 mois, à raison d’une semaine par mois. Il n’était pas question de franchir le pas sans être préparés ! Les circonstances ont voulu que je prenne la direction de l’entreprise familiale avant la fin de ma formation, avec un deuxième enfant de quelques mois, cela a été un deuxième challenge… Je suis quand même sortie major de promotion. En juin prochain, cela fera 11 ans que je pilote Bois d’Antan, et je ne regrette rien !

 

Une femme à la tête d’une entreprise artisanale du bâtiment, est-ce différent ?

Non, en rien. Femme ou homme, nous faisons le même métier de dirigeant. J’aime mon travail. Nous sommes une entreprise artisanale de 10 salariés et nous souhaitons conserver ce statut « artisan » pour garder des relations à taille humaine avec l’équipe. Mon mari gère le volet technico-commercial de l’entreprise et moi le volet RH, sécurité, comptabilité, administratif. Je suis là pour conseiller, écouter, orienter, encadrer ou recadrer quand c’est nécessaire. Mais toujours avec bienveillance et respect. Diriger une entreprise demande du doigté et un brin de psychologie, en ce sens j’apporte ma touche féminine.

 

Un univers totalement masculin : avantage ou inconvénient ?

Je suis la seule femme dans l’entreprise. Nous avons eu une ou deux stagiaires pendant quelques semaines. Elles sont venues découvrir le métier, faire leurs premiers pas. L’une d’elles a confirmé son choix et a rejoint les Compagnons du Devoir pour se former.

Avantage ou inconvénient ? J’apporte mon regard. Je suis dans l’échange, le dialogue, l’organisation. Mon mari et moi sommes complémentaires, ce qui donne un juste équilibre. Et je pense que nos salariés se sentent bien chez nous. En tout cas, nous faisons tout pour. Il peut y avoir des grincements comme dans toute famille, mais les salariés peuvent s’exprimer sans appréhension, dire ce qui va, ce qui peut être amélioré et ce qui ne va pas. Je les respecte, ils respectent mes décisions et nous avançons ensemble.

L’intelligence collective dope aussi la performance de l’entreprise. Plusieurs ouvriers étaient déjà salariés au temps de mon père, le plus ancien m’a connue toute petite et aujourd’hui nous comptons dans nos rangs son fils. Donc, on peut parler d’une gestion familiale.

J’ai traversé, comme mes confrères masculins, les crises successives de ces trois dernières années (Covid, matériaux, énergies) ; le fait d’être une femme n’a rien changé à cela.

L’important est de savoir garder le cap, dans un contexte incertain.

 

Vous êtes une femme hyperactive, avec plusieurs casquettes. Comment faites-vous ?

Effectivement, j’ai trois vies : personnelle, professionnelle et de mandataire FFB. Je suis maman de deux enfants de 17 et 13 ans, épouse, chef d’entreprise, présidente du groupe femmes Haut-de-France, membre du bureau de la FFB Nord-Pas-de-Calais (59-62) et, à ce titre, membre du conseil d’administration de la FFB, membre du bureau du conseil national de l’artisanat.

En fait, tout est une question d’organisation. Il faut savoir gérer son temps. Le planning de ces rendez-vous est établi en début d’année. Ce qui me permet de voir à long terme et de m’organiser en conséquence dans l’entreprise, avec mon mari et mes enfants. Et puis, les évènements nous ont appris qu’il est également possible de participer aux réunions à distance grâce aux outils numériques. Ce n’est pas ce que je privilégie, mais cela dépanne quand un imprévu apparaît.

 

Qu’est-ce qui vous a amenée à prendre des mandats ?

J’ai commencé par sortir de l’entreprise, lever la tête du guidon… rencontrer d’autres femmes ayant des problèmes similaires aux miens, échanger des conseils et des bonnes pratiques, être utile aux autres, pouvoir remonter ce qui se passe dans les territoires, sur le terrain dans les instances départementales, nationales… C’est un bon moyen de défendre les artisans et les entrepreneurs, de donner l’envie d’avoir envie.

 

Pour finir, demain transmettrez-vous l’entreprise à votre fille ?

Elle n’a que 13 ans… Aujourd’hui, elle est passionnée d’équitation et se verrait bien vétérinaire pour les chevaux… mais qui peut prédire l’avenir ? Qui aurait imaginé, il y a trente ans, que je prendrais les rênes de l’entreprise familiale ? Pas moi.

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