Stanislas Lacroix, président d’Uniclima « Génie climatique : la filière mobilisée pour la transition du bâtiment »

Décarbonation, innovation, compétences… Président d’Uniclima, le groupement des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques, Stanislas Lacroix détaille la façon dont la filière accompagne la transition énergétique du bâtiment – et pourquoi la stabilité réglementaire est un élément clé.
15:4505/03/2026
Rédigé par FFB Nationale
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Bâtimétiers Numéro 82 | mars 2026

Quel rôle votre filière joue-t-elle aujourd’hui dans la transition énergétique du bâtiment en France ?

 

Stanislas Lacroix — La politique adoptée par la France sous l’impulsion de l’Europe consiste à réduire l’usage des énergies fossiles au profit d’énergies moins carbonées. Nos équipements sont là pour accompagner cette tendance de fond. En matière de décarbonation, ils contribuent à l’amélioration de l’efficacité énergétique du bâti via la récupération d’énergie ou l’optimisation de la consommation énergétique.

 

En parallèle, nos adhérents s’efforcent de réduire l’empreinte carbone de leurs produits, afin que leur utilisation permette d’optimiser le bilan carbone global des bâtiments et process industriels.

 

Comment les entreprises industrielles de la filière s’adaptent-elles aux évolutions réglementaires et aux attentes croissantes en matière de performance énergétique et environnementale ?

 

S. L. — Nous contribuons à l’élaboration du socle réglementaire en aidant les pouvoirs publics français et européens à comprendre les enjeux liés à nos équipements et à nos métiers, afin qu’ils puissent poser les bonnes orientations de fond dans les domaines qui nous concernent. Nous entretenons ainsi des relations très régulières avec l’Administration, qui fait appel à nos compétences sur des sujets techniques spécifiques à nos métiers.

 

En parallèle, nous aidons nos adhérents à comprendre ce cadre réglementaire pour qu’ils puissent créer les offres les plus adaptées à cet environnement. Par ailleurs, plus les exigences environnementales progressent, plus la collaboration avec la filière devient indispensable ; voilà pourquoi nous avons renforcé nos liens avec la FFB. Sur MaPrimeRénov’, comme sur d’autres sujets, parler d’une seule voix est indispensable pour se faire entendre et convaincre.

 

Vous évoquez MaPrimeRénov’. Comment voyez-vous l’avenir de ce type d’aide publique ainsi que la sixième période des certificats d’économie d’énergie (CEE) ? Plus largement, comment massifier les rénovations énergétiques performantes ?

 

S. L. — Nous avons besoin de règles simples et stables. Lorsque des guichets s’ouvrent et se ferment sans cesse, le doute s’installe chez les acteurs. Ce flottement nuit aux industriels. Avant de massifier, il faut donc de la stabilité et de la lisibilité.

 

Lorsque le cadre est clair et les produits cohérents, des acteurs globaux tels que ceux du logement social peuvent s’engager sur la voie de la massification. Sur les CEE, le désengagement de l’État de MaPrimeRénov’ et la réorientation vers ce dispositif soulèvent des questions. Aujourd’hui, tous les ménages et industriels paient, sur leurs factures, une quote-part de la transition énergétique. Il ne faudrait pas que cette pression devienne trop forte et casse la dynamique.

 

Par ailleurs, les CEE souffrent eux aussi de l’instabilité réglementaire. Certains choix de suppression ou de restriction de fiches d’opérations standardisées nous laissent ainsi perplexes, notamment sur la biomasse ou l’hybridation, car ces dernières ont toute leur place dans le panel des équipements de rénovation et sont même parfois les plus adaptées.

 

Quelle place accordez-vous à l’innovation technologique dans la transformation du bâtiment ?

 

S. L. — Pour les fournisseurs d’équipements que nous sommes, l’innovation est un élément essentiel pour accompagner la transition. Elle nous aide à optimiser nos propositions de valeur et la performance de nos équipements. Nous devons poursuivre sur cette voie de façon extrêmement fine et précise si nous voulons tenir le rythme des objectifs de décarbonation à horizon 2030-2050. Par ailleurs, la massification suppose que nos équipements revien­nent à des niveaux de prix plus assimilables par le marché ; l’innovation a un rôle clé à jouer à cet égard.

 

À l’horizon 2030 comme 2050, l’enjeu majeur de notre secteur reste l’efficacité énergétique. 

Comment Uniclima travaille-t-il avec la FFB et ses métiers du génie climatique pour garantir la qualité de mise en œuvre et la montée en compétences des professionnels ?

 

S. L. — Nous travaillons avec nos correspondants de filières, tels que l’Association française de la ventilation, l’Association française des pompes à chaleur ou encore Énergie et Avenir (instances au sein desquelles la FFB est présente via l’UMGCCP-FFB), pour faire monter en compétences l’ensemble des acteurs. Nous participons également au lancement du Centre d’expertise pour les pompes à chaleur (CEPAC), qui vise à faire comprendre l’importance de cette solution pour la rénovation comme pour le neuf et à apporter les outils de formation nécessaires.

 

Face aux tensions économiques actuelles, comment préserver la compétitivité des entreprises de la filière tout en maintenant un haut niveau d’exigence environnementale ? Et comment Uniclima se positionne-t-il pour lutter contre la fraude ?

 

S. L. — Comme tout le secteur, nous enregistrons une baisse de nos volumes dans tous nos domaines d’activité, des chaudières aux pompes à chaleur en passant par la ventilation. Pour les générateurs de chauffage à boucle d’eau chaude, nos volumes sont passés d’un indice 100 en 2019 à 77 aujourd’hui. Pour autant, l’importance et la permanence des enjeux d’efficacité énergétique, de décarbonation et de bien-être au sein du bâti nous rendent confiants sur l’avenir de la filière.

 

Pour ce qui concerne la fraude, c’est un thème sur lequel nous échangeons régulièrement avec les pouvoirs publics. Notre rôle consiste à proposer des certifications et normes de façon à rendre la fraude difficile, sinon impossible. Nous intervenons donc en amont afin que les installateurs disposent des informations nécessaires pour détecter les mauvais produits.

 

À l’horizon 2030, quelle vision portez-vous pour la filière bâtiment et quels messages clés souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs et artisans du bâtiment ?

 

S. L. — À l’horizon 2030 comme 2050, l’enjeu majeur de notre secteur reste l’efficacité énergétique. De l’enveloppe aux équipements, nous devons être au rendez-vous en apportant des solutions communes. Cela suppose de travailler avec les architectes, les bureaux d’études et tous les acteurs du bâtiment pour réfléchir aux nouveaux modes constructifs et matériaux, et pour comprendre comment les acteurs entendent utiliser nos équipements. Nous appelons de nos vœux une collaboration encore plus étroite dans ces démarches de prospective.

© DR

Stanislas Lacroix est diplômé de l’École supérieure de gestion à Paris (1994) et titulaire d’un diplôme d’expertise comptable. Il rejoint l’entreprise familiale Aldes en 1999 en tant que responsable logistique, avant d’occuper successivement les fonctions de directeur des Organisations, directeur général délégué, puis, depuis 2011, président du directoire du groupe Aldes.

 

Il est également président d’Uniclima, membre du bureau du Medef Lyon-Rhône, président de la commission économique du Medef Lyon-Rhône, et vice-président, membre du bureau et du conseil de direction de la Métallurgie Lyon-Rhône.

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