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Chantier - Anticiper les conséquences du changement climatique
Les défis qui s’annoncent avec le changement climatique doivent être pris au sérieux.
Le réseau CIBTP (Congés Intempéries BTP) définit clairement les conditions de recevabilité des arrêts « intempéries » ouvrant droit à une indemnisation des salariés. Les situations qui peuvent déclencher l’arrêt du chantier sont la neige, le gel, le verglas, la pluie associée à des vents violents, et, depuis juillet 2024, la canicule. Concernant cette dernière, le régime « intempéries » s’applique si l’arrêt intervient entre le 1er juin et le 15 septembre et si le département où a lieu l’arrêt a fait l’objet d’une alerte pour forte chaleur (vigilance orange ou rouge par Météo France ou arrêté préfectoral).
Pour bénéficier de la procédure d’indemnisation, une déclaration provisoire doit être faite à la caisse CIBTP dans les cent-vingt heures qui suivent l’arrêt de travail. Une déclaration définitive doit ensuite être faite dans les trente jours qui suivent la reprise du travail, et les heures perdues pour cause d’intempéries peuvent être récupérées selon les dispositions du Code du travail(6). La procédure peut aussi s’adapter aux situations hors norme : ainsi, compte tenu de l’ampleur des précipitations observées en février 2026, entraînant des crues et inondations à grande échelle rendant impossible l’accès ou l’approvisionnement des chantiers, la CIBTP intempéries a décidé d’étendre à titre dérogatoire le dispositif d’indemnisation chômage à cette situation.
Un décret pour faire face aux fortes chaleurs
Les entreprises sont tenues d’inscrire les risques liés aux fortes chaleurs dans le DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels) et d’anticiper les mesures à mettre en œuvre en fonction des prévisions météo (un rétro-planning peut être élaboré à cet effet). En réponse au risque croissant lié aux fortes chaleurs, le décret du 27 mai 2025 a fixé de nouvelles obligations de prévention pour les employeurs, responsables de la sécurité de leurs salariés.
Ce décret, assorti d’un arrêté d’application, reprend les quatre niveaux de vigilance de Météo France : la vigilance « verte », qui ne demande pas de mesures particulières ; la vigilance « jaune », correspondant au pic de chaleur de courte durée (un à deux jours), présentant un risque pour la santé humaine pour les populations fragiles ou surexposées ; la vigilance « orange », correspondant à la canicule, avec chaleur intense et durable présentant un risque sanitaire pour l’ensemble de la population exposée ; et, enfin, la vigilance « rouge », correspondant à une canicule extrême, exceptionnelle par sa durée et son intensité, pouvant entraîner l’apparition d’effets collatéraux, notamment en matière de continuité de l’activité.
Dès la vigilance jaune, il faut agir. Afin d’anticiper les travaux sous fortes chaleurs et canicules, le décret impose depuis le 1er juillet 2025 de mettre à jour le DUERP et de l’assortir d’un plan d’action.
- 234 000 entreprises
- 12 caisses, dont 2 caisses nationales et 2 caisses DOM
- 32 sites sur l’ensemble du territoire
- 290 000 arrêts « intempéries »
- 8,6 millions d’heures d’arrêt indemnisées
Ensuite, sur les chantiers, les mesures concrètes sont décidées en lien avec le maître d’ouvrage, le coordonnateur SPS et le maître d’œuvre(1). Elles peuvent consister en l’aménagement ou la modulation des horaires de travail, le report de certaines tâches, l’approvisionnement en eau courante pour l’hydratation et le rafraîchissement des salariés (3 litres par jour au minimum dans le bâtiment), des locaux ou lieux de repos à l’abri des fortes chaleurs, le port d’EPI (équipements de protection individuelle) et vêtements de travail adaptés(2), l’augmentation de la mécanisation sur le chantier ou encore l’information des riverains à l’avance en cas de changement d’horaires des chantiers(3), etc.
La prévention comprend aussi un volet de sensibilisation des salariés et, le cas échéant, des représentants du personnel affectés aux signes annonciateurs d’un « coup de chaleur » – maux de tête, vertiges, étourdissements, nausées, etc. – pour pouvoir intervenir immédiatement et si nécessaire appeler les secours.
Le parapluie, une protection collective pour les couvreurs
Certains métiers sont plus exposés que d’autres aux risques climatiques, comme les couvreurs notamment. « Les conditions climatiques ont beaucoup évolué ces vingt dernières années, déclare Marie Dupuis-Courtes, dirigeante de la Maison Dupuis implantée près de Rouen (Seine-Maritime), et de la Falaisienne de couverture, implantée à La Hoguette (Calvados), spécialisées dans la rénovation de toitures en monuments historiques. Nous avons chaque été une canicule d’une dizaine de jours, mais aussi de plus en plus d’épisodes pluvieux très violents, notamment au printemps et en automne, sans oublier des averses de grêle. »
Face à un spectre qui s’élargit, les EPI classiques comme le casque et les gants peuvent se révéler insuffisants, car il est très difficile de se protéger du soleil sur un toit, et tout aussi difficile de travailler sous une pluie battante qui finit par traverser les vêtements professionnels et par rendre les gestes imprécis voire dangereux. Pour toutes ces raisons, la cheffe d’entreprise ne cache pas sa préférence pour l’installation d’un parapluie, à savoir une structure bâchée qui se fixe sur l’échafaudage en entourant le bâtiment et permet de protéger les salariés de ces deux risques.
« On a vite fait d’avoir un à deux mois de retard lié aux intempéries sur un chantier de dix-huit mois, ce qui justifie l’installation d’un parapluie, pour éviter les surcoûts liés aux dépassements de délais », ajoute-t-elle. Il est effectivement arrivé qu’un important épisode pluvieux, faute de parapluie, retarde de deux semaines l’intervention sur une toiture, pendant lesquelles la location de l’échafaudage, de la base vie et des emprises est restée à la charge de l’entreprise. Si le parapluie, pour une raison de coût, est souvent réservé aux grands chantiers de rénovation, notamment en monuments historiques, il serait donc opportun de le généraliser à l’ensemble des chantiers de couverture… afin de ne pas subir les aléas climatiques, mais de les anticiper.
On a vite fait d’avoir un à deux mois de retard lié aux intempéries sur un chantier de dix-huit mois, ce qui justifie l’installation d’un parapluie, pour éviter les surcoûts liés aux dépassements de délais.
Vent et tempête : un risque accru pour les grues à tour
Le changement climatique provoque également d’autres risques nouveaux, relatifs aux vents et tempêtes, voire mini-tornades, qui pèsent notamment sur l’installation et la gestion des grues. Pour les prévenir, les responsables du chantier doivent se tenir informés des bulletins météo : les services préfectoraux et Météo France publient des avis de vigilance orange et rouge « Vent violent » de vingt-quatre à soixante-douze heures à l’avance.
Dans ce cas, un ensemble de mesures doit être pris pour sécuriser le chantier, et notamment une interruption des travaux en hauteur et la mise en girouette des grues de type GME (grue à montage par élément) qui ne peuvent pas être démontées.« L’installation d’une grue à tour est soumise à une réglementation très stricte, par étapes successives qui prennent en compte les avoisinants, les effets de site (Mission M1), la nature du sol, et les informations du constructeur pour concevoir et dimensionner la grue et ses fondations (Mission M2), le tout étant soumis à l’approbation d’un bureau de contrôle extérieur avant la mise en service », explique Thierry Bernard, directeur Méthodes chez Habitat Résidentiel, une filiale francilienne de Bouygues Construction.
L’installation d’une grue à tour est soumise à une réglementation très stricte.
Nous constatons que les vents enregistrés dépassent parfois les vitesses prises en compte dans l’Eurocode.
Cette marche à suivre est décrite dans la Recommandation R406 de la CNAM, qui vise à assurer la stabilité des grues soumises à l’effet du vent, et dans le fascicule INRS ED 6176(4). Cependant, ces mesures peuvent ne pas suffire. À titre d’exemple, il faut se rappeler qu’une mini-tornade survenue de façon très brutale, non prévue par les autorités météorologiques, a fait s’écrouler trois grues sur deux chantiers situés à Ermont (Val-d’Oise) en octobre 2025. La Recommandation R406 a été publiée en 2004, en réponse aux dégâts occasionnés par la tempête de 1999, à un moment où les épisodes extrêmes étaient encore rares.
Elle s’appuie sur un découpage de la France métropolitaine en quatre zones géographiques en fonction de la vitesse des vents enregistrés ces cinquante dernières années, selon l’Eurocode 1 (NF EN 1991-1-4/NA), la majorité du territoire étant en zone B (vents jusqu’à 150 km/h), certaines côtes étant situées en zone D (vents jusqu’à 180 km/h). « Nous constatons que les vents enregistrés dépassent parfois les vitesses prises en compte dans l’Eurocode, comme ce fut le cas par exemple avec la tempête Goretti qui a balayé la côte nord-ouest du pays en janvier 2026 avec des vents jusqu’à 220 km/h au lieu des 180 km/h prévus, commente Stéphane Chadirac, directeur Matériel et responsable de la ligne de produits levage chez Bouygues Construction.
De façon préventive, nous avions décidé de lester davantage une grue par rapport aux exigences du référentiel. Cela s’est avéré utile. » Il restera à voir si la nouvelle génération d’Eurocodes, prévue pour octobre 2027, changera la donne en intégrant une actualisation des actions du vent.
Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3) constitue le cadre stratégique de la France pour préparer l’ensemble des secteurs aux effets désormais inévitables du dérèglement climatique. Il vise à organiser, aux échelles nationale et territoriale, l’adaptation des politiques publiques, des infrastructures et des activités économiques face à l’intensification des aléas climatiques. Dans ce cadre, la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) constitue le socle scientifique sur lequel se base le PNACC 3.
Fondée sur un scénario de +4 °C à l’horizon 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, elle permet d’anticiper les principaux impacts attendus et de guider les stratégies d’adaptation de long terme, en assurant la cohérence des actions engagées au titre du PNACC 3.
Nettoyer les façades sans utiliser d’eau
Par ailleurs, le changement climatique génère une tension croissante sur la ressource en eau, qui se traduit par une multiplication des arrêtés préfectoraux « sécheresse », pouvant aller jusqu’à l’interdiction d’utiliser de l’eau sur les chantiers.
Certains métiers sont particulièrement concernés, comme ceux de la façade : « Pour les chantiers en ITE ou en ravalement que nous réalisons, les règles de l’art imposent de travailler sur un support propre, généralement obtenu par un nettoyage haute pression, qui peut consommer 20 litres d’eau par mètre carré, explique Jean-Philippe Li Vigni, dirigeant de LV Batiment, filiale de LV Groupe, spécialisé dans le ravalement de façade, la peinture et l’isolation thermique par l’extérieur, implanté à La Seyne-sur-Mer (Var).
À l’été 2022, un arrêté préfectoral sécheresse nous a contraints d’interrompre un chantier à Seillans (Var), avant même son démarrage. »
Suite à cette expérience, l’UPMF-FFB a réalisé un guide recensant les produits de nettoyage et de décontamination des façades qui n’utilisent pas d’eau, afin d’offrir une alternative aux entreprises lors des périodes de sécheresse(5). Pour éliminer les salissures biologiques – algues, mousses, lichens, champignons… – plusieurs fabricants proposent désormais des traitements biodégradables sans rinçage. Leur principal inconvénient reste leur coût, encore largement supérieur à celui d’un nettoyage haute pression traditionnel.
« La profession prend progressivement conscience que le nettoyage à l’eau deviendra de plus en plus difficile à mettre en oeuvre, ajoute le chef d’entreprise. Certaines collectivités, comme la Ville d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), l’ont déjà interdit en centre-ville afin de préserver la ressource en eau et d’éviter le rejet des eaux de lavage dans les réseaux pluviaux. Nous devons alors recourir à des techniques comme l’aérogommage, beaucoup plus longues à mettre en œuvre, et donc significativement plus coûteuses. »
Pour faire face aux arrêtés préfectoraux de restriction d’eau, qui menacent la bonne tenue des travaux de façade, la FFB a lancé une enquête nationale auprès des professionnels afin de connaître précisément les quantités d’eau qu’ils utilisent sur leurs chantiers et trouver des moyens pour aider à les réduire.
Dans la première phase de l’enquête, 575 façadiers ont accepté de participer en décrivant leurs pratiques et leur gestion de l’eau pour le nettoyage de façades et/ou le nettoyage d’équipements de projection d’enduit hydraulique, ce qui a permis une première évaluation.
Dans un second temps, une cinquantaine d’entre eux ont été équipés avec des compteurs d’eau, pour parvenir à une quantification plus précise. Les conclusions du projet, attendues en fin d’année, fourniront des données solides pour engager, avec les Agences de l’eau, des projets d’accompagnement des entreprises visant à réduire leur consommation.
Mesurer la consommation d’eau sur le chantier
La question de la raréfaction de la ressource en eau amène aussi à s’interroger plus globalement sur la consommation d’eau des entreprises sur le chantier en vue de mieux la maîtriser. Tel est le sens du Programme de recherche et développement métier (PRDM) de la FFB, auquel le groupe de maçonnerie et gros œuvre Angevin, implanté en Bretagne et Pays-de-la-Loire, a participé.
La profession prend progressivement conscience que le nettoyage à l’eau deviendra de plus en plus difficile à mettre en œuvre.
L’opération a consisté à installer un système de comptage de l’eau sur un chantier de bâtiment tertiaire de sa filiale Donada à Angers, composé d’un regard dans lequel sont placés des compteurs pour pouvoir quantifier la consommation d’eau de différents postes du chantier : la base vie, la zone de nettoyage des outils de gros oeuvre, le bâtiment en construction. À ces instruments de comptage, on a associé un dispositif intelligent composé d’électrovannes et d’un boîtier électronique avec report d’informations sur les consommations, et envoi d’alertes en cas d’anomalies.
« C’est une expérience très intéressante car elle va nous permettre d’avoir une idée précise de nos consommations par poste, commente Pierre Bettoli, directeur de l’Ingénierie et de la RSE du groupe Angevin. Il permet aussi une détection des anomalies, en cas de fuite ou encore d’un robinet resté ouvert. » Un reporting concernant les phases les plus consommatrices d’eau – coulage des voiles et planchers, enduit de façade, ragréage des sols – sera disponible à l’issue du programme, sous forme de moyennes réalisées sur plusieurs chantiers.
« Ce type de dispositif reste peu utilisé aujourd’hui, parce qu’il a un coût, parce qu’il n’y a aucune réglementation qui limite la consommation d’eau sur le chantier, et parce que l’eau n’est pas chère », ajoute le responsable Ingénierie et RSE. Avec le changement climatique, la raréfaction de la ressource, associée à la hausse des coûts de traitement de l’eau, pourrait bien rebattre les cartes. Lorsque les conditions météorologiques rendent le travail dangereux ou impossible, la meilleure solution est souvent d’arrêter le travail pour garantir la sécurité des salariés et du matériel au regard des principes généraux de prévention.
Ce type de dispositif reste peu utilisé aujourd’hui, parce qu’il a un coût, parce qu’il n’y a aucune réglementation qui limite la consommation d’eau sur le chantier, et parce que l’eau n’est pas chère.
Cette décision est de la responsabilité du chef d’entreprise ou de son représentant, après consultation du CSE quand il existe, car il n’y a pas de seuil de déclenchement d’un arrêt de travail pour cause d’intempéries. « Notre profession a toujours été proactive sur le thème de la prévention, conclut Anthony Laudat. Les défis qui s’annoncent avec le changement climatique doivent être pris au sérieux, au même titre que les autres sujets relatifs à la sécurité que nous avons pris en compte et maîtrisés par le passé.
J’invite toutes les entreprises à s’informer, et à participer à toutes les initiatives qui sont prises sur cette question par la FFB au niveau national – comme la Semaine de la prévention (SDLP), dont l’édition 2026 a eu lieu du 30 mars au 3 avril – et auprès de leur fédération départementale. » Signe que le changement est en marche, la CIBTP, gestionnaire du régime de chômage « intempéries », a accepté exceptionnellement, à la demande des organisations professionnelles, d’avancer la date de recevabilité des arrêts « intempéries » pour canicule au 26 mai 2026 au lieu du 1er juin initialement prévu, pour les départements de la façade atlantique de la France impactés par une canicule précoce.
- https://mondocunique.preventionbtp.fr
- https://www.oppbtp.com/nouveauguide-dedie-aux-equipements-rafraichissements/
- Guide de préconisations Fortes chaleurs sur le chantier de l’OPPBTP, à télécharger via : https://www.preventionbtp.fr/ressources/documentation/ouvrage/fortes-chaleurs-et-effets-caniculaires-sur-les-chantiers-guide-de-preconisations_NLKhnmb2rzoPBArtyvRn2U
- https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED 6176
- Cet outil est disponible sur l’application de l’UPMF-FFB.
- https://www.cibtp-idf.fr/entreprise/chomage-intemperies/arret-et-reprise-travail
En savoir plus
- Webinaires de la SDLP en replay sur la chaîne Youtube de la FFB, Semaine de la prévention 2026 – chantiers et risques météo : anticiper pour ne pas subir





