Marianne Laigneau, présidente du directoire d’Enedis : « Faire du bâtiment un acteur clé de la transition électrique »

Électrification massive, multiplication des raccordements, résilience face au dérèglement climatique… Présidente du directoire d’Enedis, le gestionnaire du réseau public de distribution d’électricité, Marianne Laigneau explique comment l’entreprise accompagne la transformation du système électrique et la transition énergétique – et pourquoi le bâtiment en est un acteur clé.
7:3614/09/2026
Rédigé par FFB Nationale
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Bâtimétiers Numéro 84 | septembre 2026

La France fait de l’électrification un levier majeur de sa stratégie de décarbonation. Le réseau public de distribution est-il dimensionné pour absorber cette bascule ?

 

Marianne Laigneau — Oui, le réseau est prêt. Robuste et performant, il nous permet déjà d’accompagner une dynamique très forte, avec un raccordement ou une mise en service toutes les 54 secondes en 2025. Surtout, il change d’échelle pour être au rendez-vous de la grande électrification du bâtiment, des mobilités et des usages, qui accroît les besoins de puissance. Notre réponse est à la hauteur de l’enjeu, avec des investissements massifs prévus afin de moderniser et renforcer le réseau (96 milliards d’euros d’ici 2040) et, surtout, une logique d’anticipation et d’aménagement du territoire, pour dimensionner le réseau en amont des besoins.

 

Une telle anticipation permet d’aller plus vite et d’éviter des adaptations ultérieures, souvent plus complexes et coûteuses pour les maîtres d’ouvrage et les entreprises du bâtiment. Tout l’enjeu consiste donc à passer d’une logique « projet par projet » à une planification et une optimisation locales, en lien étroit avec les acteurs du bâtiment et les territoires. C’est l’une des priorités de notre projet d’entreprise à horizon 2030. Il n’y aura pas d’électrification réussie dans le bâtiment sans un réseau fort ; c’est précisément le rôle d’Enedis d’être au rendez-vous, pour le climat mais aussi pour la souveraineté du pays.

 

Les entreprises du bâtiment alertent sur des délais de raccordement souvent trop longs. Comment résorber ces tensions ?

 

M. L. — La grande électrification en cours met effectivement en exergue l’enjeu des délais : en 2025, Enedis a réalisé 584 000 raccordements. Dans un contexte de forte progression des demandes, l’amélioration des délais suppose une mobilisation de l’ensemble des acteurs : Enedis, RTE, les collectivités, l’État mais aussi les porteurs de projet. Notre priorité est aujourd’hui d’industrialiser pour faire plus, plus vite, de simplifier les processus (devis à distance, diagnostics accélérés) et de planifier plus finement, territoire par territoire.

 

Le bâtiment peut-il devenir un acteur actif de l’équilibre du réseau ?

 

M. L. — Oui, et il en est même l’une des clés. Avec la montée des usages électriques, il s’agit de mieux piloter les consommations, plus intelligemment et de façon mieux coordonnée. Le bâtiment peut jouer un rôle majeur à cet égard en pilotant ses consommations (chauffage, recharge, etc.), en développant l’autoconsommation ou en contribuant aux flexibilités du système.

 

La modification des plages heures pleines/heures creuses, rendue possible par les compteurs Linky, illustre cette dynamique : elle incite à consommer davantage en journée, lorsque la production photovoltaïque est la plus abondante, réduisant les contraintes du réseau aux heures de pointe. On passe ainsi d’un système dans lequel le réseau s’adapte en permanence à la consommation à un système dans lequel les usages participent activement à l’équilibre global. En d’autres termes, le bâtiment n’est plus seulement un point de consommation, il devient un levier de pilotage du système électrique.

 

Comment le réseau s’adapte-t-il à l’augmentation du risque climatique ?

 

M. L. — La résilience climatique est une priorité industrielle et de service public pour le réseau public de distribution. Les aléas sont désormais plus fréquents, plus intenses et plus localisés ; nous avons connu 44 événements climatiques majeurs entre 2023 et 2025, contre 25 sur les quatre années précédentes. Cela nous impose de renforcer sans cesse la robustesse du réseau : plus d’un milliard d’euros sont consacrés à sa résilience chaque année, dont 750 millions dédiés à son adaptation en 2025.

 

En parallèle, 10 000 km de réseau sont renouvelés et 15 000 km construits chaque année, et le réseau est déjà enterré à 52 %, contre 32 % en 1999. Ces investissements portent leurs fruits : entre les tempêtes Klaus (2009) et Nils (2026), d’intensité comparable, le nombre de clients privés d’électricité a été divisé par deux et les délais de réalimentation nettement réduits. Aujourd’hui, nous sommes capables de réalimenter 80 à 90 % des clients en moins de quarante-huit heures lors d’événements majeurs. Cette capacité d’adaptation contribue à garantir, partout sur le territoire, un service fiable face à un climat de plus en plus exigeant.

 

La transition électrique suppose de nouvelles compétences. Comment travailler ensemble pour attirer et former les talents ?

 

M. L. — Avec la massification des raccordements et des nouveaux usages électriques, les besoins en compétences s’accélèrent en effet sur toute la chaîne, du réseau aux entreprises du bâtiment. D’ici 2030, la filière des réseaux électriques devra recruter 42 000 personnes, dont 7 000 chez Enedis.

 

La réponse est collective : elle consiste à attirer de nouveaux talents, former aux nouveaux métiers et structurer une filière capable de répondre à la grande électrification de la France. C’est tout le sens de programmes comme les Écoles des réseaux pour la transition énergétique, qui permettent de former aux métiers de demain. Sans ces compétences, il n’y aura pas de transition énergétique réussie.

 

À l’horizon 2030, quel message adressez-vous aux entrepreneurs et artisans du bâtiment ?

 

M. L. — Nous coopérons déjà très concrètement avec la filière du bâtiment et avec la FFB, pour simplifier les démarches et mieux synchroniser les chantiers avec les contraintes du réseau, mais aussi pour améliorer la visibilité des délais et les interfaces avec les entreprises et anticiper les besoins de raccordement. Il faut continuer sur cette voie, en renforçant encore la coordination sur le terrain. Plus largement, le bâtiment est un partenaire incontournable du système électrique.

 

Avec l’électrification, tout converge vers le réseau : les bâtiments vont consommer, produire et piloter leur énergie via l’autoconsommation, les énergies renouvelables, les flexibilités et le pilotage des usages. Cela offre aux entreprises et aux artisans l’opportunité de concevoir des bâtiments performants et adaptés aux nouveaux usages électriques, d’intégrer dès l’origine les enjeux de puissance et de flexibilité et de contribuer activement à l’équilibre du système. Je leur adresse ce message : vous êtes au coeur de la transition.

 

En travaillant ensemble, nous pouvons faire du bâtiment un pilier de la décarbonation et un levier de performance pour tout le système électrique.

En travaillant ensemble, nous pouvons faire du bâtiment un pilier de la décarbonation et un levier de performance pour tout le système électrique

Marianne Laigneau, présidente du directoire d’Enedis
© PIERRE-OLIVIER - CAPA PICTURES

Marianne Laigneau est présidente du directoire d’Enedis, principal opérateur des réseaux de distribution publique d’électricité dans l’Hexagone, depuis le 9 février 2020. Elle était précédemment directeur exécutif Groupe en charge de la Direction internationale depuis juillet 2017, directeur exécutif Groupe en charge de la direction des Ressources humaines Groupe (décembre 2010 – juillet 2017), secrétaire général (Régulation, Affaires publiques et européennes, gouvernance RSE) et directeur juridique Groupe (2007-2009).

 

Elle préside la Fondation Innovations pour les apprentissages (FIPA) depuis le 1er octobre 2023 ainsi que l’association FIERE, créée le 4 juin 2025 et qui réunit l’ensemble des entreprises de la filière industrielle des entreprises des réseaux électriques.

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