Carrelage : des fondamentaux incontournables

Concerné par de nombreux textes normatifs liés aux produits mais aussi à leur mise en oeuvre, le métier de carreleur est complexe. D'autant qu'il est confronté à une sinistralité élevée. Pour s'en prémunir, il doit imposer ses règles.
11:0009/06/2016
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Bâtimétiers Numéro 43 | Juin 2016

« Le problème de la sinistralité est important pour les carreleurs, rappelle Michel Droin, à la tête de Batisol Plus, à Châtellerault (Vienne). Les règles sont devenues trop contraignantes pour ceux qui doivent les appliquer. Du coup, certains les évitent s'ils peuvent les contourner. » Constat partagé par Christophe Aymain, qui dirige le groupe Bernard SEA à Creuzier-le-Neuf (Allier). « Que ce soit dans le cadre du NF DTU 52.1 « Revêtements de sol scellés » ou du NF DTU 52.2 « Pose collée de revêtements céramiques et assimilés - pierres naturelles », les problèmes de réception des supports sont récurrents. En pose scellée, pas question de ne pas respecter le trait de niveau avant de mettre en oeuvre le revêtement carrelé. En pose collée, quoi qu'il arrive, le support sera plan, sec, propre, dépoussiéré. » Des impératifs d'autant plus incontournables que la réception du support doit être contradictoire. « Peut-être que je suis dans une région particulière, poursuit le carreleur auvergnat, mais la réception s'effectue toujours dans la douleur. Il faut souvent montrer les dents pour obtenir gain de cause. » Le carreleur porte la responsabilité de son ouvrage, mais ce dernier vient en recouvrement. « Comme pour les autres corps d'état du monde de la finition, c'est compliqué. La maîtrise d'œuvre et la maîtrise d'ouvrage veulent bien des règles de l'art pour bénéficier de garanties après coup, mais au moment de les mettre en œuvre, elles ne sont pas d'accord. »

Isolation étanchéité

Des risques d’un support non-conforme

Si le carreleur ne doit pas réceptionner un support non-conforme aux règles de l'art (voir l'article « Revêtements de sol »), il est confronté à « une méconnaissance des textes, volontaire ou non, car certains points empêchent le bon déroulement du chantier dans des délais restreints », continue Christophe Aymain. Or, pas question de coller un carrelage sur un système d'étanchéité liquide (SEL) ou un système de protection à l'eau sous carrelage (SPEC) dont les temps de séchage n'auront pas été respectés. « Si la mise en œuvre n'est pas adéquate, on n'intervient pas, car ce n'est pas au carrelage d'assurer la fonction d'étanchéité. »
Même chose pour tout ce qui concerne les isolants thermiques et/ou phoniques. Les problématiques de planimétrie du support mettent en péril leur performance. « Un isolant acoustique mal posé n'assurera pas sa fonction. Sauf que cette dernière va être mesurée une fois que le revêtement carrelé aura été posé. Si nous ne bataillons pas afin d'obtenir ce qu'on nous doit, c'est notre ouvrage qui sera remis en cause », explique Michel Droin.
Même chose pour les isolants thermiques installés avec plancher chauffant à eau chaude. « On pose un carrelage dur ; en dessous, il y a un isolant mou et en plus, le support subit des écarts thermiques pour passer du chaud au froid. La sensibilité de l'ouvrage carrelé en est augmentée. » D'où, encore une fois, l'importance pour le carreleur de réceptionner un support conforme aux règles de l'art.

 

Très grands formats au sol

Une pose encadrée

Côté produits aussi, les carreleurs doivent se plier aux règles de l'art. Et là encore, des tendances poussent à une pose hors cadre, à l'instar de celles des très grands formats. « En sol, nous savons coller au-delà du 60 x 60 cm et jusqu'au 100 x 100 cm.
Ces grandes dimensions ont été autorisées car les tolérances de fabrication ont été abaissées par rapport à un classement qui a induit ces nouvelles règles », relève Michel Droin. Elles ont donc été normalisées. Seul souci, les fabricants continuent de repousser les limites du gigantisme avec par exemple du 150 x 350 cm, et les négociants... les vendent. « En mural, c'est magnifique. Mais au sol on ne sait pas faire. » Outre les difficultés de pose inhérentes au poids de ces carreaux XXL, « la planéité du support de 3 mm sous la règle des 2 m, et de 1 mm sous celle des 20 cm, ne tolère absolument aucun écart. De plus, on ne sait pas positionner la colle de manière à ce qu'il y ait un parfait transfert entre le carreau et le support ». En clair, ces carreaux n'entrent pas dans les règles traditionnelles de mise en œuvre. « C'est de la grande innovation, nous ne la rejetons pas. Pour autant, nous avons encore besoin d'un peu de recul pour poser ces formats gigantesques », tempère Michel Droin. Et Christophe Aymain d'ajouter : « Il y a une mise en œuvre spécifique pour chaque pose de carrelage. Maintenant, quand on donne des leçons, il faut aussi suivre les règles de l'art pour éviter le retour de manivelle. Si nous, carreleurs, nous disons qu'il faut respecter les textes, nous devons faire un travail de qualité. » Pour limiter tout risque de sinistralité.

 

Planchers chauffants

Mise en chauffe obligatoire

Autre contrainte inhérente à la pose de revêtement carrelé avec planchers à eau chaude ou réversible : « Pour éviter toute déconvenue, il faut impérativement réaliser une première mise en chauffe », avertit Michel Droin. Après coulage du béton d'enrobage et séchage d'au moins 14 jours de ce support, il convient d'effectuer une montée en température pendant au moins trois jours, puis un maintien en température d'au moins quatre jours, et enfin un arrêt du chauffage de 48 heures minimum avant de poser le revêtement carrelé. Ensuite, un séchage de deux jours devra être respecté en pose collée et de sept jours en pose scellée, avant la remise en température du plancher chauffant. « Toutes ces étapes indispensables n'ont rien à voir avec le séchage de la chape, précise Michel Droin.
Elles permettent de mettre en dilatation la chape et d'éviter tout point de rupture qui risquerait de provoquer un sinistre par la suite. » Reste que souvent, il est demandé au carreleur d'intervenir alors que ni l'eau, ni l'énergie ne sont raccordées, « sans parler des tuyaux ou des canalisations qui doivent être incorporés dans un ravoirage ».

Pour en savoir plus

UNECB-FFB (Union nationale des entrepreneurs céramistes du bâtiment), tél. : 01 40 69 58 20, www.unecb.ffbatiment.fr

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