Distribution : en première ligne face à l’incertitude. Entretien avec Marie Arnout, présidente de la Fédération des distributeurs de matériaux de construction (FDMC)
Avec la FFB, au côté de laquelle nous siégeons au sein de l’opérateur Constructys, nous partageons une même exigence en matière de formation des collaborateurs
Comment imaginez-vous l’évolution du secteur de la distribution à l’horizon 2030 ? Quels sont les principaux défis auxquels il sera confronté ?
M. A. — Les négoces devront répondre à quatre grands défis : accompagner la rénovation énergétique, intégrer les matériaux bas carbone, développer le réemploi et le recyclage, et continuer à garantir la disponibilité des produits dans les territoires. Le point de vente ne disparaîtra pas. Au contraire, il restera essentiel pour les artisans et entreprises, mais évoluera vers un rôle de plateforme de services : conseil, formation, logistique, reprise de certains flux de déchets, solutions numériques, accompagnement réglementaire… Le principal défi des années à venir consistera donc à maintenir un niveau d’exigence élevé en matière de formation et de montée en compétences de nos personnels. Avec la FFB, au côté de laquelle nous siégeons au sein de l’opérateur Constructys, nous partageons une même exigence en matière de formation des collaborateurs.
Cette montée en compétences est d’autant plus urgente que les produits deviennent de plus en plus complexes et qu’il nous faudra aussi relever le défi de l’électrification, qui impliquera de penser des logements en « tout électrique ». Un autre enjeu réside dans l’attractivité de notre métier auprès des jeunes. Nous avons déployé d’importants efforts pour mieux leur faire connaître nos activités, notamment grâce à un système d’ambassadeurs et à une présence régulière dans les salons et écoles. Je citerais un dernier défi : celui du vieillissement de la population et de l’adaptation des logements pour faciliter le maintien à domicile, porteur d’opportunités pour notre filière, et qui nécessitera là aussi une montée en compétences.
Aux contraintes réglementaires s’ajoute, désormais, l’instabilité géopolitique. En quoi le conflit actuel au Moyen-Orient affecte-t-il vos activités ?
M. A. — Des hausses de prix de 6 à 20 % en moyenne commencent à apparaître ; elles pourraient se doubler de problèmes d’approvisionnement et de ruptures de stock si le conflit durait, avec un contingentement de certains matériaux ou produits. Si l’on ajoute à cela l’envolée des coûts énergétiques et l’inquiétude latente des clients finaux, tous les voyants sont au rouge. Malgré les annonces gouvernementales, la reprise pourrait donc s’avérer plus compliquée que prévu. Dans ce contexte, une question se pose : combien de temps la filière, déjà éprouvée par une diminution chronique de son chiffre d’affaires d’année en année, peut-elle encore faire preuve de résilience ?

Négociante indépendante, Marie Arnout dirige une entreprise familiale, Aux Docks de Clamart, située à Clamart (Hauts-de-Seine), depuis 1987. Adhérente de la Chambre syndicale des négociants en matériaux de construction d’Île-de-France, elle devient présidente de l’Union régionale d’Île-de-France en 2007.
En 2008, désignée par son groupement, elle intègre le comité directeur de la Fédération des distributeurs de matériaux de construction. Elle devient vice-présidente de la Fédération de 2014 à 2020 puis en est élue trésorière. Elle est élue à l’unanimité à la présidence de la Fédération en 2022 et réélue pour trois ans en 2025. Elle est membre du comité exécutif de la CPME nationale.

