Pouvez-vous nous présenter rapidement votre entreprise ?
J’ai créé AVB Innovations en 2003. Je venais du monde des télécoms. Désormais, l’entreprise est spécialisée en génie électrique et compte 45 salariés. Nous travaillons sur les questions de bâtiment intelligent, surtout en matière d’équipements et de locaux d’activités.
Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’IA ?
Voilà quelques années, j’ai recruté des personnes diplômées d’un bac + 5 qui utilisaient des outils d’intelligence artificielle pour leurs activités. Je leur ai demandé de me montrer quels étaient ces usages et comment nous pourrions les transposer dans l’entreprise.
Compte tenu du déploiement de l’IA générative dans le grand public, mon objectif était que tous les salariés puissent être formés au sujet.
Quel est le cas d’usage que vous avez mis en place ?
De manière presque évidente, nous avons décidé d’utiliser des outils d’IA générative pour élaborer les rapports journaliers d’intervention. Écrire pouvait représenter une difficulté pour certains membres de l’équipe. En leur offrant des outils avec lesquels ils pouvaient rédiger un rapport à la voix, on leur donnait la possibilité de gagner du temps et surtout de ne pas créer d’écart entre les uns et les autres.
Avez-vous vu des freins ?
Non, car nous utilisons déjà pas mal d’outils numériques. Tous les salariés, quel que soit leur métier, disposent d’une adresse mail d’entreprise. J’ai l’impression qu’une entreprise est mature en matière informatique si le dirigeant a déjà cette appétence et qu’il donne l’impulsion.
Le risque est d’avoir une fracture générationnelle entre des salariés en place et ceux qui arrivent, qui ont déjà été formés à ces outils. J’ai des exemples où de jeunes techniciens montrent à des plus anciens comment utiliser Le Chat de Mistral pour mieux détecter une panne. La compétence métier reste toutefois essentielle.
Quelles questions vous pose le développement des outils d’IA ?
Dans le cadre du comité IA de la FFB, nous avons reçu un sociologue, Yann Ferguson, qui a mis en lumière le fait que les outils d’IA générative étaient utilisés à titre personnel, même pour des usages en entreprise. L’IA devient une sorte de « passager clandestin » dans les environnements de travail, on n’en parle pas. Or, l’enjeu est de dépasser l’usage individuel pour proposer une approche collective.
Car ces usages peuvent exposer l’entreprise à des risques. J’ai notamment demandé que, sur les outils d’IA grand public, les questions professionnelles ne soient pas traitées avec des adresses mail personnelles.
Nous avons harmonisé les pratiques en sensibilisant aux questions de protection des données et de cybersécurité.
Dans l’entreprise, nous avons trois pôles : maintenance, production et administratif. Nous essayons de faire émerger les besoins selon les métiers et ensuite de regarder quels outils seraient nécessaires.
Nous avons déjà développé différents outils numériques et continuons à y ajouter de nouvelles fonctionnalités. Car je reste curieux et à la recherche de solutions que nous pourrions implémenter pour faciliter nos tâches.
Avez-vous mis en place une charte éthique IA ?
Nous y réfléchissons et souhaitons lui donner une dimension concrète pour la coupler au règlement intérieur. Je suis persuadé que ces outils vont nous faire gagner du temps et nous devons nous organiser quelle que soit la taille de la structure.