ACV : levier de la performance environnementale
DE-bois.fr : un outil pour calculer au plus juste son bilan carbone
En avance sur le marché, l’UMB-FFB a été la première à réaliser, dès 2007, des FDES pour les fenêtres bois et la charpente bois, cédées quelques années plus tard à l’ensemble de la filière pour contribuer à la création d’un outil de calcul affilié. Cofinancé par le Codifab et la direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages (DHUP) rattachée au ministère de la Transition écologique, DE-bois.fr est un site Internet qui regroupe les FDES collectives des produits de construction en bois fabriqués en France.
Cependant, étant donné la variabilité importante des produits de construction à base de bois, les FDES collectives existantes ne peuvent pas correspondre au bilan carbone précis de chaque configuration. Voilà pourquoi l’outil DE-bois offre la possibilité aux professionnels de la construction bois de pouvoir individualiser les FDES collectives si des gains véritables sont possibles. Afin d’évaluer la viabilité de faire une FDES individuelle, l’outil propose une fonction d’« écoconception » permettant en direct de voir l’impact du changement des indicateurs propres à la fabrication sur le résultat final de la FDES. Les FDES collectives ainsi adaptées (dites « filles » ou « chantier ») fournies par le configurateur sont prévérifiées selon le programme Inies.
Je dirais qu’une bonne ACV n’est pas suffisante pour obtenir un marché, car les critères d’efficience, de prix et de délais restent déterminants, mais a contrario l’impossibilité d’en fournir une serait éliminatoire.
Une pondération est appliquée sur les émissions, de telle sorte que celles produites dans les années qui suivent la construction ont un poids plus élevé que celles générées dans un futur plus lointain. Cette hypothèse est aujourd’hui à l’avantage des matériaux biosourcés.
L’ACV, une pratique qui devient incontournable
Pour Cédric Manenc, le dirigeant de Lagarrigue, une entreprise spécialisée dans le second œuvre, dont la plâtrerie, l’isolation et les aménagements intérieurs, et qui emploie une cinquantaine de salariés à Montauban (Tarn-et-Garonne), la réalisation d’ACV est déjà une réalité quotidienne : « Dans nos réponses aux appels d’offres, il y a toujours une ACV de nos ouvrages à fournir quand il s’agit de marchés publics, et c’est de plus en plus le cas aussi pour nos clients privés, avec des exigences plus ou moins poussées », explique-t-il. C’est en se rapprochant de l’UMPI-FFB, avec la volonté de lancer sa politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises), que l’entrepreneur a entendu parler d’ACV pour la première fois.
Il est aujourd’hui rompu à cette « gymnastique » : « L’impact environnemental des matériaux et produits est devenu un critère de sélection. Nous comparons les fiches FDES des fabricants, individuelles ou collectives, pour obtenir la meilleure ACV possible et la joindre à notre offre, en écartant les fabricants qui ne peuvent pas fournir ces informations. Je dirais qu’une bonne ACV n’est pas suffisante pour obtenir un marché, car les critères d’efficience, de prix et de délais restent déterminants, mais a contrario l’impossibilité d’en fournir une serait éliminatoire. »
Pour le chef d’entreprise, il y a un risque à consacrer trop de temps à cet exercice, car chaque fois qu’on n’est pas retenu, il a été fait pour rien. Sa méthode consiste donc plutôt à faire une ébauche d’ACV dans ses grandes lignes au moment de l’appel d’offres et à l’affiner dans un deuxième temps une fois le marché remporté, en faisant appel à des outils simples d’utilisation, comme BatiCarbone, mis au point par la FFB à l’intention de ses adhérents (voir plus loin).
Pour le moment, rien ne nous oblige à réaliser une ACV de nos prestations, et nos clients ne nous la demandent pas. Mais il me semble intéressant de connaître l’impact carbone de nos produits, car un jour on nous demandera de le fournir.
L’ACV peut aussi être un véritable outil concurrentiel : « Nous avons été retenus l’an passé pour un projet de construction d’un collège en Haute-Garonne, parce que nous avons été capables de proposer un lot aménagement et finition comportant 60 à 70 % de produits de réemploi, raconte-t-il. Cela nous a permis de proposer une ACV très performante de l’ouvrage qui a fait la différence. »
Au-delà de cet exemple, cet exercice est aussi un levier pour amener l’entreprise sur le chemin de la sobriété : Lagarrigue fait de plus en plus appel à des fournisseurs de proximité pour réduire la distance de transport et est en train de convertir ses véhicules à l’électrique.
Être prêt pour les échéances à venir
Pour certains professionnels du bâtiment et certains marchés, l’ACV n’est pas encore une obligation. C’est le cas pour Simon Blin-Després, dirigeant de Dubos Verger, une entreprise spécialisée dans l’installation de protections solaires et fermetures chez les particuliers, implantée depuis quatre-vingt-dix ans dans le Val-de-Marne, qui emploie vingt-cinq salariés dans ses trois agences de Saint-Maur-des-Fossés, Sucy-en-Brie et Chennevières-sur-Marne. « Pour le moment, rien ne nous oblige à réaliser une ACV de nos prestations, et nos clients ne nous la demandent pas, explique-t-il. Mais il me semble intéressant de connaître l’impact carbone de nos produits, car un jour on nous demandera de le fournir. »
Au-delà, le chef d’entreprise considère que cela fera bientôt partie du conseil qu’il doit à ses clients : par exemple, pour protéger une fenêtre de la chaleur, le bilan carbone n’est pas le même si on choisit un store en toile ou un volet roulant… Si le choix du client se porte spontanément vers le volet roulant, il est bon de savoir que le coût carbone du store en toile est inférieur de 20 %, pour une protection solaire équivalente.
Pour se familiariser avec ces questions, le chef d’entreprise utilise le configurateur « DE-baie », mis au point par le Pôle Fenêtre FFB à l’intention des adhérents de ses Unions et Syndicats constitutifs, et disponible en ligne sur www.de-baie.fr. « Cet outil permet d’accéder à des fiches FDES et PEP collectives et de calculer facilement les émissions carbone de différentes fenêtres, portes extérieures, et procédés de fermetures ou de protections solaires, motorisés ou non, pour pouvoir les comparer, ajoute Simon Blin-Després. Il est intéressant de savoir que le coût carbone d’un volet roulant pendant tout son cycle de vie est de 80 kgCO2éq, l’équivalent d’un trajet Paris-Limoges en voiture thermique. »
Reste maintenant, selon lui, à sensibiliser le client particulier à cette question, afin qu’il soit demandeur des solutions les plus vertueuses pour l’environnement.

© Vladimir Partalo
L’ACV, un exercice incontournable pour une rénovation bas carbone
Pour les projets de rénovation, la réglementation n’impose pas la réalisation d’une ACV, sauf dans le cas où l’opération doit être conforme à un label environnemental. Ce fut le cas récemment pour l’ancien siège du journal L’Humanité, un bâtiment de 7.700 m2 signé du grand architecte brésilien Oscar Niemeyer, inauguré en 1989 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). L’opération, confiée à Eiffage Construction, mandataire du groupement lauréat, a porté notamment sur la restauration des 2 000 m2 de façades en pierre agrafée et en béton brut, inscrites au titre des monuments historiques, le remplacement à l’identique des menuiseries extérieures, ainsi que la réhabilitation totale des espaces intérieurs et la remise aux normes en matière d’accessibilité et de sécurité. « Le fait que cette opération était soumise au label BBCA Rénovation nous a obligés à réaliser une ACV, et à nous engager sur une réduction annuelle de la consommation d’énergie de l’ordre de – 44 % », explique Vianney Fullhardt, directeur de la Transition énergétique et du Bas Carbone chez Eiffage Construction.
L’économie réalisée, par rapport à une rénovation non labellisée, est de l’ordre de 200 kgCO2éq/m2. L’entreprise a donc calculé l’ACV globale de l’opération, en recherchant les solutions les plus vertueuses en coût carbone pour les produits et matériaux. « L’exercice a été compliqué par les contraintes liées à l’inscription au titre des monuments historiques de certaines parties du bâtiment et la nécessité de respecter le design des façades, ajoute le directeur de la Transition énergétique et du Bas Carbone, mais il a joué un rôle essentiel pour nous aider à remporter ce marché. L’ACV n’est pas encore obligatoire sur tous les marchés, mais il faut dès aujourd’hui former nos conducteurs de travaux et nos équipes au rôle des FDES et des PEP, pour qu’ils puissent notamment mettre en œuvre des variantes sans alourdir le coût carbone des opérations. » Devenu propriété de l’État en 2010, le bâtiment a bénéficié d’une réhabilitation ambitieuse menée dans le cadre de France Relance et va devenir le siège de la direction régionale et interdépartementale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DRIEETS Île-de-France).
BatiCarbone : des FDES collectives aux émissions carbone par lot
Pour les entreprises, en particulier les TPE-PME qui n’ont pas de capacité d’études propres, l’une des difficultés reste la réalisation du calcul du bilan carbone de leur ouvrage, à partir des données fournies par les fabricants dans les FDES et PEP. Voilà pourquoi la FFB a lancé son propre outil de calcul, BatiCarbone(1), accessible en ligne pour l’ensemble de ses adhérents.
Conçu pour une utilisation simple, il se décompose en trois modules – « Chantier », « Entreprise » et « Lot » –, ce qui permet d’évaluer l’empreinte carbone dans ces différents périmètres.
« Cet outil est très intéressant car, directement relié à la base Inies, on y trouve notamment les FDES individuelles et collectives, qui permettent d’éviter d’utiliser des données environnementales par défaut, lesquelles seraient très pénalisantes pour nos offres, explique Manuel Decoodt, directeur QSE chez Etandex, entreprise spécialisée dans l’étanchéité et les travaux spéciaux qui emploie plus d’un millier de salariés.
Dans l’étanchéité, nous travaillons souvent avec des gammes de produits de différents fabricants très similaires en poids carbone, notamment les membranes bitumineuses ; le recours à des FDES collectives apparaît donc pleinement justifié, à l’exception de certaines membranes intégrant des matières recyclées pour lesquelles une FDES individuelle est pertinente. »
Mais pour le directeur qualité, c’est bien le module « Lot », pour lequel la CSFE-FFB (Chambre syndicale française de l’étanchéité) a été pionnière, qui est le plus intéressant pour l’entreprise : « Grâce à ce module, nous pouvons évaluer précisément le poids carbone de notre lot et surtout évaluer celui des éventuelles variantes que nous pourrions proposer à notre client, ajoute-t-il.
Cela ouvre la porte à des solutions plus efficientes, qui peuvent à la fois améliorer la marge de l’entreprise, et le bilan carbone global de l’opération : c’est gagnant-gagnant. »
Le fait de proposer une économie, qui, selon l’opération, va de quelques tonnes à plusieurs centaines de tonnes d’équivalent carbone, peut être très intéressant pour le maître d’œuvre, lui permettant ainsi de compenser un déficit problématique sur un autre lot.
Depuis, de nombreuses Unions de métier ont également créé leur propre module « Lot », qui a été intégré à BatiCarbone, par exemple couverture/étanchéité, cloisons/doublage, CVC, menuiseries extérieures, etc.
BatiCarbone est très intéressant car, directement relié à la base Inies, on y trouve notamment les FDES individuelles et collectives, qui permettent d’éviter d’utiliser des données environnementales par défaut, lesquelles seraient très pénalisantes pour nos offres.
Une exigence supplémentaire à prendre en compte
L’ACV peut aussi apparaître comme une exigence supplémentaire que les maîtrises d’ouvrage, maîtrises d’œuvre et entreprises doivent intégrer dans l’économie de leurs projets.
« En plus des exigences légitimes de résistance, de granulométrie, de fluidité, voire d’aspect après décoffrage, l’ACV incite les donneurs d’ordres à prescrire de plus en plus de béton bas carbone, voire très bas carbone, explique Trémeur Fraval, dirigeant de l’entreprise de maçonnerie et gros œuvre Bidault SAS, implantée à Saint-Donan (Côtes-d’Armor).
Or, il arrive que ces matériaux ne soient pas disponibles à moins de 200 km de notre chantier, une distance de transport qui annule l’économie carbone réalisée. »
D’autre part, les bétons très bas carbone exigent souvent davantage d’études, des conditions de mise en œuvre particulières et un temps de séchage plus long, ce qui demande un train de banches supplémentaire pour effectuer la même opération.
« En résumé, les ACV effectuées par nos clients traduisent leur volonté de réaliser des constructions plus vertueuses, qui leur permettent d’afficher leurs engagements en RSE, mais sans augmentation de délais ni de prix. Cela reste une équation difficilement tenable pour les entreprises ! » La réalisation des ACV doit donc s’accompagner, selon le chef d’entreprise, d’une prise en compte de la faisabilité technique et économique des travaux.
Les données du problème ont évolué depuis la publication de la norme béton NF EN 206 révisée fin 2025, qui introduit sept nouvelles classes d’impact carbone pour les bétons (GWR 1 à 7), afin d’inciter les maîtres d’œuvre à s’orienter vers les matériaux les plus vertueux.
« Il s’agit bien sûr d’un progrès pour notre filière, car cette norme va nous permettre de mieux rivaliser avec les matériaux biosourcés qui sont avantagés par le mode de calcul de l’ACV dynamique, conclut le chef d’entreprise. Mais il faudra veiller à ce que les bétons très bas carbone innovants soient au point sur le plan technique et que les entreprises soient accompagnées dans leur mise en œuvre par les donneurs d’ordre. »
En plus des exigences légitimes de résistance, de granulométrie, de fluidité, voire d’aspect après décoffrage, l’ACV incite les donneurs d’ordres à prescrire de plus en plus de béton bas carbone, voire très bas carbone
Petit lexique de l’ACV
- ACV (analyse du cycle de vie) : méthode d’évaluation environnementale multicritère qui permet de quantifier les impacts d’un produit, d’un bâtiment, d’un service, d’un procédé, sur l’ensemble de son cycle de vie.
- BatiCarbone : outil en ligne réservé aux adhérents de la FFB permettant de mesurer l’empreinte carbone d’une entreprise de bâtiment, d’un chantier ou d’un lot.
Configurateur : outil permettant d’éditer une FDES « personnalisée » en laissant à l’utilisateur la possibilité de saisir certains paramètres spécifiques à son projet de bâtiment ou d’ouvrage. - DED (donnée environnementale par défaut) : valeur générique utilisée lorsqu’un produit ou équipement ne dispose pas de FDES ou de PEP spécifique. Mise à disposition par le ministère, elle est généralement pénalisante et sert de solution de remplacement dans les calculs environnementaux (notamment RE 2020).
- FDES (fiche de déclaration environnementale et sanitaire) : données environnementales et sanitaires établies sous la responsabilité des fabricants pour les produits de construction.
Inies (Informations sur les impacts environnementaux et sanitaires) : base de données nationale de référence qui centralise les FDES et les PEP des produits et équipements du bâtiment utilisés notamment pour les calculs RE 2020. - PEP (profil environnemental produit) : données environnementales établies sous la responsabilité des fabricants pour les équipements techniques.
- RE 2020 (réglementation environnementale 2020) : réglementation énergétique et environnementale applicable aux nouvelles constructions.
L’UMGO-FFB a mis à disposition de ses adhérents un configurateur FDES dédié au béton (Betie pour le béton prêt à l’emploi, et Environnement IB pour le béton préfabriqué).
Si elle ne concerne pas encore tous les marchés, l’ACV est amenée à se généraliser, en répondant à des exigences croissantes de sobriété, ne serait-ce que pour s’adapter à l’abaissement progressif des seuils fixés par la RE 2020 à l’horizon 2028 puis 2031. Les entreprises ont donc tout intérêt à se familiariser à cet exercice qui deviendra sous peu incontournable.




