Entretien avec Christophe Bonhomme - L’IA n’est pas un outil neutre

Le président de l’Union des métalliers partage son expérience de déploiement de l’IA au sein de son entreprise. Pour lui, l’amélioration attendue en matière de productivité portera sur la capacité d’associer l’humain et l’IA, voire sur la nécessité de repenser la chaîne de valeur à cette aune.
8:3817/09/2026
Rédigé par FFB Nationale
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Batiment Actualité Numéro 15 | septembre 2026

Présentez-nous votre entreprise…

 

Bonhomme Bâtiment est une entreprise familiale, créée en 1963. Initialement dans la mécanique d’engins agricoles et poids lourds, elle est aujourd’hui spécialisée dans la construction et la rénovation de bâtiments à structure métallique. Avec 125 salariés, nous intervenons également comme contractant général. Nos activités se déploient dans le quart sud-est de la France, le long du Rhône.

 

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’IA ?

 

L’entreprise a toujours fait preuve d’agilité, c’est dans son ADN. Nous sommes en veille technologique permanente. Imaginer les besoins des clients et leur apporter une offre de services complète, tels sont les principes qui guident les équipes.

 

Lorsqu’un conducteur de travaux, qui venait de passer un diplôme d’ingénieur orienté IA, m’a proposé de regarder le sujet de près, nous avons décidé de créer une cellule R & D et lui avons confié cette mission.

 

Quel était l’objectif initial ?

 

Au démarrage, ChatGPT n’avait pas été lancé et l’on ne parlait pas d’IA générative (IAG). L’objectif était de mieux exploiter les données internes, alors que l’entreprise grossissait et qu’il apparaissait essentiel de ne pas perdre en compétitivité.

 

Il s’agissait ainsi de fiabiliser nos analyses. Des applications ont été développées par l’équipe. L’arrivée d’outils d’IAG a accéléré le processus.

Il faut rappeler que l’IA n’a aucune responsabilité. Elle n’est qu’un outil supplémentaire.

Quel est le premier cas d’usage que vous avez déployé ?

 

La première application visait la création d’un modèle prédictif des temps de production. Il s’agissait d’exploiter les données de la machine à commande numérique pour la production des pièces métalliques et de comparer ce que le modèle prédisait avec la réalité, en intégrant les données de l’ERP 1 pour la prédiction des autres postes du flux de production (soudure, peinture).

 

L’objectif était d’améliorer la prise de décision en fournissant aux équipes des informations plus structurées et objectivées, pour qu’elles puissent les confronter à leurs intuitions et à leur connaissance du quotidien.

 

L’outil numérique de prédiction des temps de production a été construit comme un « jumeau numérique » des flux de l’atelier.

 

Avez-vous connu des freins au déploiement en interne ?

 

Oui. Il a fallu confirmer que cet outil n’allait pas travailler à la place des techniciens. En revanche, telle une béquille, il allait les aider à mieux appréhender certaines difficultés que l’humain ne pouvait pas détecter.

 

Cette expérience confirme que l’IA n’est pas un outil neutre en matière d’impact sur le travail. Il ne doit pas aliéner le salarié, qui en serait dépendant, mais l’augmenter pour que ses compétences techniques soient mises plus encore au service de l’amélioration de la chaîne de production.

La première application visait la création d’un modèle prédictif des temps de production.

Comment avez-vous vécu l’acculturation à ces outils ?

 

Nous sommes désormais passés à la vitesse supérieure. Avec l’avènement des outils d’IA grand public et les utilisations réussies en interne, le système s’est presque inversé. Ce sont les salariés qui arrivent avec des idées de déploiement.

 

L’entreprise a donc décidé de structurer la mise en place de l’IA dans tous les services : élaboration d’une charte éthique et formation obligatoire avant usage professionnel des outils d’IAG grand public.

Il a fallu confirmer que cet outil n’allait pas travailler à la place des techniciens.

Quelles recommandations donneriez-vous à un chef d’entreprise ?

 

Il faut toujours rappeler que l’IA n’a aucune responsabilité. Elle n’est qu’un outil supplémentaire et il faut faire attention aux enjeux de souveraineté et de protection des données.

 

Les modèles proposés aujourd’hui par les géants américains de la tech visent une captation des marchés, mais cela m’interroge sur leur durabilité. Les coûts comme les outils vont évoluer, il faut donc conforter les compétences internes sur ces sujets.

 

Demain, le sujet sera celui d’associer l’humain et l’IA. Tous les services de l’entreprise sont concernés. Il faut se préparer à ces défis en matière de management et d’accompagnement du changemen

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