Construction bois : le transport fluvial, une idée qui fait son chemin

Pour réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre dans la construction bois, le transport fluvial est une piste que certaines entreprises n’hésitent plus à suivre, à l’image du Normand Poulingue et du Breton E-loft. À la clé, des avancées en RSE et un gain d’image pour les entreprises et les maîtres d’ouvrage.
13:5824/03/2022
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Bâtimétiers Numéro 66 | Mars 2022

Le 16 juillet dernier, la Seine renouait avec son passé de voie navigable qui a longtemps alimenté la capitale en matériaux en tous genres. À l’occasion du Forum Bois Construction qui a eu lieu au Grand Palais, Fibois Île-de-France – l’antenne régionale de l’interprofession de la filière bois – en partenariat avec Voies navigables de France et Haropa Port – la réunion des trois ports fluviaux du Havre, de Rouen et de Paris – a apporté la démonstration que le transport par voie fluviale d’éléments préfabriqués en bois fonctionne, en organisant le déchargement de poutres en bois lamellé-collé depuis la Seine, en plein cœur de la capitale. Destinés à alimenter un chantier de construction en bois réalisé par l’entreprise normande Poulingue, les éléments de structure avaient été chargés sur un porte-conteneurs au port du Havre, puis acheminés jusqu’au port de Gennevilliers en lisière de Paris, où ils ont été transbordés sur un bateau-ponton autodéchargeant – le Zulu – qui a rallié le port de la Bourdonnais, à proximité du Champ-de-Mars. Enfin, les éléments en bois ont été chargés sur des camions et acheminés jusqu’au chantier situé dans le XIIIe arrondissement de la capitale.

 

Deux années de développement

L’entreprise normande de construction bois, qui emploie 220 salariés à Beuzeville (Eure-et-Loir), a tout d’abord été inspirée par la livraison d’éléments de plancher, achetés en Finlande, acheminés par bateau jusqu’au port de Honfleur, et assemblés à 10 km dans les ateliers Poulingue. Par ailleurs, ceux-ci sont situés à seulement 10 km de la Seine, et 80 % des chantiers de l’entreprise ont lieu en région parisienne… Toutes les conditions étaient réunies pour les livrer par cette voie navigable. Après avoir approché les différents ports fluviaux concernés, sans succès en raison du volume relativement limité à transporter, l’entreprise a trouvé la solution grâce à un armateur, la société Sogestran. « Non seulement ce partenaire organise le chargement des conteneurs sur ses lignes fluviales hebdomadaires, mais il assure aussi les derniers kilomètres par la route jusqu’au chantier », explique Victor Fraboulet, chargé de mission chez Poulingue. Les deux partenaires ont développé ensemble un concept de conteneur dédié, la Fleximalle, destinée à transporter des murs à ossature bois complets, mesurant jusqu’à 3 m de hauteur.


Une initiative au service de l’environnement

Pour l’entreprise de construction bois, la première motivation est d’améliorer son bilan carbone et d’anticiper les futures réglementations concernant la circulation à Paris : selon ses calculs, substituer le transport fluvial au routier permet de réduire de 30 à 40 % les émissions de CO2 et même, si le chantier est proche d’une voie navigable, de les diviser par trois ou quatre. Cette offre alternative permet en outre au constructeur de se différencier de la concurrence et aux maîtres d’ouvrage positionnés sur la construction bas carbone d’améliorer leurs performances en RSE. Attention cependant, le transport par voie fluviale est à la fois plus long – compter trois à quatre jours depuis les établissements Poulingue jusqu’à la région parisienne, contre trois à quatre heures par la route – et plus coûteux. Mais les pouvoirs publics pourraient être disposés à le subventionner, comme l’a montré le projet partenarial Probois. Pilotée par Fibois Normandie et Fibois Île-de-France, cette initiative destinée à favoriser la livraison des chantiers par voie fluviale entre ces deux régions a été organisée en effet avec le soutien financier de l’État, de l’Ademe, et des deux régions concernées.
 Quoi qu’il en soit, Poulingue, qui a déjà expédié une trentaine de conteneurs vers ses chantiers en 2021, se fixe pour objectif de réaliser 25 % de sa logistique par voie fluviale en 2025 et 50 % à l’horizon 2030.

 

© Olivier Baron

Village des Athlètes 2024 : E-loft livrera un grand bâtiment en bois par voie fluviale

Entreprise spécialisée dans la construction de bâtiments modulaires en bois et de maisons à ossature bois, E-loft emploie, pour ses différentes activités, 220 salariés à Ploufragan (Côtes-d’Armor). Elle fait partie des entreprises retenues pour fabriquer l’un des bâtiments en bois du Village des Athlètes, qui sera inauguré à l’occasion des Jeux 2024 dans l’écoquartier fluvial de la commune insulaire de L’Île-Saint-Denis, situé en bordure de la Seine près de Paris. « Il s’agit du projet PE2, un bâtiment R+7 qui sera composé par l’assemblage de 137 modules en bois sur un soubassement et autour d’un noyau en béton, précise-t-on chez le fabricant. Il permettra de loger 266 athlètes pendant les compétitions et sera ensuite reconverti en résidence pour étudiants. »

Pour remporter cet appel d’offres, l’entreprise a mis en avant le savoir-faire qu’elle développe, sur ses 22 000 m2 de surface de production, en matière de murs à ossature bois préfabriqués. Chaque module, d’une surface allant de 13 à 20 m2 environ, fera l’objet d’une préfabrication très poussée, incluant isolation, menuiserie extérieure, revêtement de sol, différents réseaux, mais aussi salle d’eau intégrée avec les sanitaires, sans oublier la kitchenette et jusqu’à l’éclairage. « Ce mode constructif présente l’avantage de pouvoir contrôler la qualité de fabrication en usine et livrer des modules pratiquement finis, ce qui réduit considérablement la durée du chantier », argumente E-loft. Suite à l’attribution du marché en 2020 et à la validation du prototype par le maître d’œuvre fin 2021, l’entrée en production se fera au deuxième trimestre 2022, et le transport des modules commencera à l’automne pour une livraison du bâtiment prévue en mai 2023.

Parmi les critères qui ont permis à E-loft de remporter cet important marché, figure la proposition de livrer les nombreux modules en bois par voie fluviale. « L’Île-Saint-Denis sur laquelle sera construit le bâtiment PE2, comme l’ensemble du Village des Athlètes, ne dispose que d’un seul accès routier, explique le constructeur bois. D’autre part, notre bâtiment sera le dernier à être livré, et on peut penser que la coactivité sera alors à son maximum, à quelques mois de l’ouverture des Jeux. La livraison par voie fluviale permettra de nous affranchir du trafic routier, et ainsi de mieux sécuriser nos approvisionnements et nos délais. » Ce mode de livraison innovant apportera sa contribution à l’objectif du maître d’ouvrage : mettre en œuvre les Jeux olympiques les plus durables de l’histoire.

 
Les partenaires de l’opération
  • Maître d’ouvrage : Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo)
  • Copromoteurs et maîtres d’ouvrage : Groupe Pichet et Groupe Legendre Immobilier
  • Architecte : Erik Giudice (agence EGA Architecture)
  • Entreprise de construction bois : E-loft

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