Du papier peint en pulpe de tournesol pour un temple de l'art contemporain

Le complexe culturel et artistique Luma Arles, dessiné par Frank Gehry, est totalement inédit par son architecture déstructurée ainsi que… par le papier peint qui tapisse sa cafétéria ! Sa fabrication en pulpe de tiges de tournesol, totalement artisanale, ainsi que sa mise en œuvre ont constitué de véritables morceaux de bravoure pour l’entreprise Toma Peinture.
13:5824/03/2022
Rédigé par FFB Nationale
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Retrouvez ce dossier dans notre revue Bâtimétiers
Bâtimétiers Numéro 66 | Mars 2022

Un bâtiment à l’architecture exceptionnelle se dresse au-dessus de la ville d’Arles (Bouches-du-Rhône). Œuvre de l’architecte star Frank Gehry commandée par la fondation Luma, Luma Arles, avec sa tour torsadée multifacette de 56 m de haut, a été inaugurée en juin 2021. Mais l’originalité de ce bâtiment de prestige ne réside pas uniquement dans la forme de sa structure et de son parement extérieur. Entre autres innovations, les murs intérieurs de la cafétéria de ce complexe artistique et culturel sont en effet revêtus d’un papier peint totalement hors norme. Conçu par les experts pluridisciplinaires de l’Atelier Luma, un laboratoire de design et de recherche sur le développement durable abrité par la fondation, ce revêtement est en effet constitué de moelle de tournesol. Il a été décidé que ce matériau, situé à l’intérieur de la tige et normalement jeté une fois les fleurs récoltées, serait recyclé et valorisé sur le projet. « Cinq mètres cubes de cette pulpe, dont la forme et la couleur évoquent le pop-corn, ont été spécialement grattés et collectés pour le chantier », explique Thomas Cronimus, gérant de l’entreprise Toma Peinture, basée à Hœrdt (Bas-Rhin), et Meilleur ouvrier de France. La société alsacienne de plâtrerie et de staff Wereystenger, titulaire du lot faux plafond acoustique et staff sur ce projet, a tout naturellement confié la fabrication et l’application des panneaux muraux à ce dernier.

 

 

Restait à imaginer comment transformer ce matériau en matière première des panneaux. « Nous avons testé différents modes opératoires pour trouver finalement la façon de faire optimale », poursuit Thomas Cronimus. La recette était la suivante : les ingrédients calibrés – la moelle de tournesol, des pigments naturels, de la colle à base de fibres de bois – étaient mélangés à sec dans une bétonnière, avant l’ajout d’une petite quantité d’eau et d’un antiseptique afin d’empêcher le pourrissement ultérieur. Puis l’ensemble était versé sur une épaisseur de 2,8 cm dans un moule carré de 1,2 × 1,2 m, puis compacté et chauffé à 90 °C. « Au bout d’une vingtaine de minutes, les feuilles de 2 à 3 mm d’épaisseur étaient démoulées puis conditionnées entre deux plaques de bois pendant vingt-quatre heures, pour qu’elles puissent se rigidifier à plat tout en restant suffisamment humides pour être tapissées », précise Thomas Cronimus, qui avoue avoir beaucoup tâtonné et expérimenté avant de maîtriser la totalité du processus de fabrication.

 

Nous avons testé différents modes opératoires pour trouver finalement la façon de faire  optimale.

Thomas Cronimus, gérant de Toma Peinture, à Hœrdt (Bas-Rhin) et Meilleur ouvrier de France.

 

Initialement, le client avait organisé l’atelier afin de pouvoir produire deux feuilles par jour. « Mais vu les contraintes de délai – le chantier devait durer un mois et demi – ce rythme de production n’était pas réaliste. Nous avons donc dû “industrialiser” la fabrication afin de produire jusqu’à vingt-cinq feuilles par jour avec le double moule. Pendant que deux feuilles étaient dans la presse, nous préparions les deux suivantes », poursuit Thomas Cronimus. En tout, deux cent vingt panneaux ont dû être fabriqués pour tapisser les 200 m2 de mur de la cafétéria.

 

L’originalité du chantier ne tenait pas uniquement au mode de fabrication, mais aussi à la méthode de mise en œuvre. « Les murs supports n’étaient pas réguliers, et présentaient des surfaces convexes ou concaves complexes et inclinées. Afin de respecter le calepinage voulu par l’architecte, nous avons minutieusement tracé les emplacements de chaque carré en nous guidant avec un laser », précise l’entrepreneur. Le tapissage a ensuite été réalisé en double coupe. Autre subtilité : du fait de la production « artisanale » des panneaux, leur teinte variait légèrement en fonction du cycle de production. « Afin d’obtenir un rendu globalement homogène, nous avons fait une pose par “pianotage”, en commençant d’un côté de la pièce, puis en poursuivant par un autre, et en mélangeant les panneaux. » Au final, l’énergie consciencieuse et ingénieuse de Thomas Cronimus et de son équipe n’a pas été déployée en vain, puisque Frank Gehry « himself » a salué et validé leur prestation !

 

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