Le bâtiment figure parmi les secteurs les plus touchés par les défaillances d’entreprises. Comment analysez-vous la situation actuelle de la filière ?
Le bâtiment traverse une période de fortes tensions, sous l’effet cumulé de la hausse des coûts, du ralentissement de la commande publique et privée, des difficultés d’accès au crédit, du recul de la promotion immobilière, etc. Ces facteurs pèsent lourdement sur la trésorerie et la visibilité des entreprises, en particulier les TPE et PME, et se traduisent par une hausse des procédures collectives, avec des conséquences économiques et sociales concrètes.
Pour autant, les données de l’AGS invitent à une lecture nuancée. Sur une longue période, entre 2015 et 2019, le nombre de défaillances a fortement reculé, renforçant la capacité du secteur à absorber les chocs récents. Depuis 2023, les défaillances repartent à la hausse, pour dépasser 5 300 entreprises accompagnées en 2025, pour un montant de près de 350 millions d’euros, mais cette progression demeure plus contenue que dans le reste de l’économie, comme en témoigne la baisse continue du poids du bâtiment dans l’ensemble des défaillances.
Il n’y a donc pas, à ce stade, de décrochage massif des entreprises du secteur. Cette résistance reste toutefois fragile. La reprise amorcée dans le bâtiment, soutenue par certaines mesures budgétaires et l’espoir d’un redémarrage du logement neuf, demeure incomplète et très dépendante de facteurs exogènes – contexte géopolitique, coûts des matières premières, conditions de financement. Le secteur évolue ainsi dans une zone d’équilibre instable, entre signaux de reprise et incertitudes persistantes, susceptibles de peser durablement sur l’investissement et la solidité des entreprises.
À quel moment la garantie AGS intervientelle dans la vie d’une entreprise en difficulté ?
L’AGS intervient uniquement lorsqu’une procédure collective est ouverte – sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire – et lorsque l’entreprise ne dispose plus des fonds nécessaires pour régler les créances salariales. Son action s’inscrit sous l’égide du tribunal de commerce et s’exerce par l’intermédiaire du mandataire judiciaire, chargé de transmettre les relevés de créances.
Trois conditions encadrent son action : l’existence d’une procédure collective, la présence de salariés dans l’entreprise et le respect d’un principe fondamental, celui de la subsidiarité. L’AGS n’intervient que lorsque aucun autre dispositif ne permet la prise en charge des créances salariales.