Cathédrale d’Angers Des travaux millimétrés !

La construction d’une galerie contemporaine, adossée à la cathédrale d’Angers, vient de s’achever. Une première en France et une prouesse à plus d’un titre.
7:5917/03/2026
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Bâtimétiers Numéro 82 | mars 2026

C’est probablement l’un des projets architecturaux les plus ambitieux de ces dernières années, qui évoque toute la fierté des bâtisseurs de cathédrales : la construction d’une galerie extérieure devant la cathédrale d’Angers, afin de préserver les précieuses polychromies de son portail sculpté, mises au jour dans les années 2010 par des travaux de nettoyage.

 

La DRAC Pays-de-la-Loire, maître d’ouvrage, a retenu sur concours le projet de l’architecte mondialement connu Kengo Kuma, pour sa capacité à faire corps, par la forme, la texture et la couleur, avec la cathédrale. Toute la structure est composée entièrement en béton, un matériau choisi pour sa grande durabilité. Pour réaliser cette pièce d’exception, un appel d’offres a été lancé, remporté par une entreprise implantée à Danjoutin (Territoire de Belfort), Albizzati Père et Fils, qui s’est adjoint les services de l’entreprise locale Jousselin, en charge de la préfabrication des bétons.

 

Cette société familiale terrifortaine de gros œuvre, terrassement et désamiantage, qui compte 120 salariés, s’est fait un nom en collaborant avec de grands architectes comme Renzo Piano ou Jean Nouvel, sur des ouvrages en béton architectonique, coulé sur place ou projeté. Sa marque de fabrique ? Une appétence pour la préservation du patrimoine historique, doublée d’un goût pour les dossiers atypiques. Un cahier des charges auquel répondait en tous points le projet de la galerie de la cathédrale d’Angers.

 

L’ouvrage a en effet une structure très particulière. Simple en apparence, avec, de face, ses trois arches posées sur des voiles très élancés, mais en réalité extrêmement complexe : elle est constituée d’archivoltes intérieures et extérieures, de tympans reliant les arches entre elles et d’une toiture en BFUP suspendue à deux poutres en porte-à-faux prenant appui sur les arches.

Un chantier très technique

 

“Les pièces livrées par semi-remorques sur le site ont été les voiles verticaux en une seule hauteur de 7,50 m. Une plateforme de travail a été montée au pied des voûtes à une hauteur de 7,50 m, sur laquelle des berceaux bois ont été positionnés pour recevoir les six pièces constitutives d’une seule archivolte.

 

Après la pose des sept archivoltes, une phase de ferraillage et de clavetage des éléments a été réalisée pour assurer l’assemblage de l’ouvrage. La dernière phase a correspondu à la pose de la toiture béton prenant appui sur les poutres en porte-à-faux tenues par les voûtes et s’approchant de la cathédrale sans la toucher. Enfin, nous avons mis sous tension le système de traction mécanique qui maintient les poutres en porte-à-faux, une étape délicate car il fallait réussir à anticiper les éventuelles déformations.”


Jean-Louis Albizati, dirigeant de l’entreprise Albizzati, à Danjoutin (Territoire de Belfort).
© DR
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Des adaptations et ajustements permanents

 

Du début à la fin, les défis ont été multiples ! Notamment parce que précisément la galerie devait donner l’impression qu’elle faisait partie du même ensemble que la cathédrale sans pour autant la toucher – elle devait donc être autoportante ; mais aussi parce que les nombreux vestiges découverts au pied de la cathédrale par les archéologues ont contraint à minimiser l’impact de la structure sur le sol avec un système de fondation reposant sur huit micropieux.

 

Les mots d’ordre sur le chantier ? Minutie, rigueur et perfection à tous les étages ! La première étape pour l’entreprise Albizzati a été de mener les études d’exécution en partenariat avec le BET Masse et Jousselin. Une modélisation 3D de l’ouvrage a été réalisée, d’une précision telle qu’elle représentait tous les boulons, armatures et écrous de la structure pour garantir l’assemblage de ces pièces à la géométrie si particulière. Autre étape clé, la préparation de chantier : « Nous étions sur des éléments de béton allant de 1,5 à 9 t, longs à fabriquer et très coûteux. Nous n’avions pas droit à l’erreur dans la manipulation, la pose et l’assemblage.

 

Nous avons défini ensemble, avec le fabricant, la manière d’ordonnancer le chantier, dans quel ordre récupérer les pièces pour pouvoir les monter, les sceller et les ajuster », détaille Jean-Louis Albizati, dirigeant de l’entreprise. Le chantier n’a mobilisé que six personnes sur site, dont deux chefs de chantier mutualisant leur expérience et leur savoir-faire pour la réalisation de cet ouvrage hors norme. « Tout l’enjeu, des fondations à la pose des éléments béton, était d’avoir une extrême précision sur le dimensionnement et la réalisation des ouvrages. En effet, un problème d’asymétrie au départ se répercuterait à tous les niveaux, dans l’écartement des joints, et l’homogénéité de l’ouvrage ne serait plus assurée.

 

C’est sur le travail des compagnons qu’a reposé en grande partie la réussite du projet. Tous disposent d’un savoir-faire de haute technicité, apporté par trente ans d’expérience, qui leur permet de réussir des raccordements de courbe dans les règles de l’art », poursuit Jean-Louis Albizati. Assurer une parfaite continuité des formes et textures, tout en garantissant la résistance structurelle de l’ensemble : un objectif ambitieux qui a été atteint.


Audace architecturale et préservation patrimoniale

 

La structure s’inspire des formes historiques des voûtes gothiques et archivoltes de l’édifice. Elle est réalisée à partir de matériaux contemporains et durables, notamment un béton enrichi de granulats issus du bassin de la Loire, à l’aspect poli et sablé qui évoque la pierre de tuffeau dont est faite la cathédrale.

 

Sa toiture est constituée d’une dalle pentée en béton fibré ultra-haute performance (BFUP), matériau employé pour sa résistance exceptionnelle permettant la réalisation d’éléments fins et donc légers. D’une surface d’environ 160 m2, la galerie mesure 21 m de long, 7 m de large et 11 m de haut, et a nécessité 660 pièces pour l’assemblage final.


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