Matériaux naturels bio et géosourcés. Des solutions d’avenir en pleine expansion

Matériaux biosourcés en circuit court, électricité photovoltaïque, low-tech, réemploi… le nouveau siège social construit par la coopérative d’activité et d’emploi Coop & Bat près de Bordeaux traduit pleinement son engagement en faveur de la construction durable et d’un mode de construction fondé sur le partage de compétences et la coopération.
9:2909/06/2026
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Bâtimétiers Numéro 83 | juin 2026

À l’occasion des dix ans de l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat, le 12 décembre 2025, le ministère de la Transition écologique a publié la troisième édition de la Stratégie nationale bas carbone, la SNBC 3, autrement dit la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Alors que le changement climatique s’accélère, la France s’est en effet engagée à réduire ses émissions de 50 % en 2030 par rapport à 1990, puis de 90 % en 2040, et à atteindre la neutralité carbone en 2050.

 

Dans ce contexte, le bâtiment doit, comme les autres secteurs, contribuer à l’effort collectif. Ainsi, les constructeurs sont amenés à s’orienter vers des modes de production moins émetteurs de carbone, des circuits courts et une meilleure valorisation des ressources locales. De fait, les maîtres d’ouvrage publics comme privés favorisent une diversification des matériaux et une meilleure prise en compte de l’empreinte carbone dans leurs projets. Ainsi, la Ville de Paris valorise le recours à des matériaux naturels, lorsqu’elle accorde des permis de construire pour des bâtiments neufs.

 

Dans le même esprit, la Ville de Bordeaux a mis en place le label « Bâtiment frugal bordelais », afin de distinguer les bâtiments intégrant des matériaux biosourcés ou géosourcés, et de favoriser les filières locales. Et, au niveau national comme européen, les pouvoirs publics et la Commission européenne encouragent les solutions constructives sobres.

Les atouts des matériaux géosourcés

 

Face à ces nouveaux défis, les matériaux biosourcés, partiellement ou totalement issus de la biomasse (bois, chanvre, liège, lin, laine de mouton, etc.), et les matériaux géosourcés, issus pour leur part de ressources d’origine minérale (terre crue, roches naturelles, gypse) ont des atouts majeurs. « Un matériau biosourcé, comme le bois ou le chanvre, est par définition issu du végétal. Les végétaux sont capables d’extraire du CO2 de l’atmosphère et de le stocker.

 

Le matériau va donc stocker du carbone durant toute la durée de vie du bâtiment », détaille Yves Hustache, associé-fondateur du bureau d’études spécialisé Karibati, qui a labellisé plus d’une centaine de produits biosourcés. En outre, les process de fabrication de ces matériaux n’impliquent pas de cuisson à haute température et sont donc faiblement émetteurs de gaz à effet de serre. Ils nécessitent également peu de traitements.

 

Ils sont peu transformés, généralement locaux, et présentent en outre l’avantage d’être souvent réemployables, ce qui contribue à la préservation des ressources tout en diminuant le volume des déchets. Ces matériaux complètent les démarches menées par les filières ciment et béton qui sont engagées dans des trajectoires ambitieuses de décarbonation (optimisation des formulations, ciments bas carbone, captage carbone, économie circulaire), contribuant elles aussi à l’atteinte des objectifs climatiques. Des caractéristiques qui répondent aux nouvelles exigences réglementaires.

 

À cet égard, comme le rappelle Yves Hustache, « la RE 2020 ne se limite pas à la consommation d’énergie du bâtiment et a introduit dans les critères de choix des matériaux la notion du carbone ». Ces exigences se renforcent progressivement avec des seuils de performance énergétique et environnementale plus élevés attendus en 2028. Les entreprises auront alors l’obligation d’intégrer des matériaux bas carbone dans leurs bâtiments. Puis l’application prévue pour 2030 de l’article 39 de la loi Climat et Résilience imposera l’emploi de 25 % de géo/biosourcé dans la construction et la rénovation dans le secteur public. Pour faire découvrir ou redécouvrir ces matériaux bruts et les savoir-faire associés, la FFB s’est saisie du sujet.

 

Les Unions de métiers ont réalisé un inventaire des savoir-faire écosourcés, ou, en d’autres termes, de ce que l’on appelle les « systèmes constructifs non industrialisés » ou SCNI. Derrière cette appellation se cachent des techniques simples, robustes, éprouvées par le temps. « Ces termes désignent les matériaux qui ont été employés par le passé et que l’on veut faire vivre à nouveau. Avec le changement climatique, on doit se réapproprier ces matériaux que l’on retrouve partout dans notre patrimoine et réapprendre les gestes des anciens pour bâtir ou rebâtir la construction de demain », explique Frédéric Létoffé, président de la commission technique de la FFB et directeur de Pradeau Morin Monuments historiques, entreprise spécialisée dans la rénovation et la conservation du patrimoine.

 

Une fois cet état de l’art réalisé, la FFB s’est attachée à fournir une lecture objective et opérationnelle aux entreprises et aux artisans pour les accompagner dans l’évolution de leurs pratiques et les aider à mieux anticiper les attentes du marché. Près de vingt systèmes constructifs ont été identifiés, dont une dizaine sont aujourd’hui reconnus comme techniques courantes par les assureurs et sont donc dûment documentés et sécurisés, pour les entreprises comme pour leurs clients.

 

Des fiches et dossiers techniques, accessibles à toutes les entreprises adhérentes, facilitent leur appropriation et leur mise en œuvre sur chantier : elles détaillent tout à la fois les propriétés des matériaux, les principaux indicateurs de performance, leur assurabilité, les formations et qualifications requises pour les mettre en œuvre et permettent d’identifier les lieux où il est possible de se procurer lesdits matériaux.

 

Communiquer pour valoriser les savoir-faire

 

Depuis octobre 2025, une campagne de communication qui conjugue vidéos, affiches, et supports de sensibilisation accompagne ce travail de fond afin de valoriser les savoir-faire. 
De nouvelles étapes sont à venir pour lever les freins à l’emploi d’autres systèmes constructifs traditionnels. « Certains matériaux naturels, comme la terre crue ou le lin, ne bénéficient pas à l’heure actuelle de la garantie décennale.

 

C’est pourquoi les Unions de métiers de la FFB concernées se sont approprié ces sujets afin de les présenter en techniques courantes à la Commission Prévention Produits mis en œuvre (C2P) de l’Agence Qualité Construction », précise Frédéric Létoffé. Et ce, afin d’intégrer progressivement ces techniques dans les règles professionnelles et sécuriser ainsi leur utilisation.


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