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Abbaye de Senones : des métiers traditionnels au service du patrimoine
En 2021, la commune de Senones rachète une grande partie de cet ensemble architectural classé monument historique en 1983 afin de le transformer en un centre culturel. Une reconversion d’envergure qui exige des compétences spécifiques.
« Nous réalisons nous-mêmes des enduits à la chaux selon des méthodes traditionnelles, avec un corps d’enduit, une couche de finition et une teinte obtenue à partir de pigments naturels. Rien n’est industriel », indique Roland Segard. Le choix du grès de Rothbach, typique des Vosges, s’inscrit pleinement dans cette volonté de respecter les matériaux d’origine de l’abbaye.
Mais cela rend les interventions particulièrement complexes : les blocs de grès, dont certains pèsent 700 kg, doivent être extraits du parement sans compromettre la stabilité de l’ensemble architectural. « Le protocole impose un étayage préalable, puis un évidement progressif au marteau pneumatique. Chaque pierre est reproduite à l’identique avant d’être repositionnée », décrit Roland Segard.
Techniques patrimoniales : entre tradition et modernité
Dans les métiers du patrimoine, la formation spécialisée joue un rôle clé : la restauration du patrimoine bâti requiert des formations d’excellence, spécifiquement conçues pour répondre aux exigences techniques et patrimoniales de ce domaine. La préservation de ces compétences exceptionnelles repose avant tout sur la transmission.
« La différence se joue souvent dans les détails : pose d’ardoises au clou plutôt qu’au crochet, mortiers de chaux au lieu de colles chimiques… Chez nous, les jeunes sont encadrés par des anciens qui transmettent le métier à travers les générations », confirme Matthieu Vautrin. La pérennité de ces savoir-faire constitue un enjeu majeur. « La taille sur chantier, par exemple, tend à disparaître. Or ce sont précisément ces techniques qui font la richesse et l’authenticité des restaurations patrimoniales », insiste Guillaume Schmitt.
« Les techniques actuelles du bâtiment ont totalement abandonné la pierre naturelle au profit des matériaux industriels comme les parpaings et le béton », constate également Roland Segard. Mais les enjeux dépassent le secteur du bâtiment : « Les monuments historiques sont un levier majeur de l’attractivité touristique française : ils attirent des millions de visiteurs et génèrent des retombées économiques considérables. Leur préservation est donc devenue un enjeu national », rappelle Roland Segard. En conjuguant la transmission des techniques millénaires avec l’adaptation aux exigences contemporaines, la restauration de l’abbaye de Senones illustre parfaitement cette dynamique.
Le retour aux savoir-faire manuels
Le chantier de couverture, qui s’étend sur 3 000 m², a débuté en décembre 2023 pour s’achever en juillet 2025. Le choix des matériaux témoigne de la maîtrise technique exigée par ce type de chantier : les tuiles plates écailles (16 × 36,5 cm) proviennent de la tuilerie artisanale de Niderviller, où le producteur extrait personnellement l’argile de ses parcelles adjacentes. « Il est rare d’obtenir une tuile identique à une autre, elles n’ont pas des dimensions standards au millimètre près.
Les variations de température et de composition argileuse entraînent des irrégularités qui reproduisent l’esthétique des couvertures d’époque », précise Matthieu Vautrin, chargé d’affaires de l’entreprise de couverture Coanus. L’ensemble des ouvrages de zinguerie illustre parfaitement la différence entre construction contemporaine et monuments historiques. « Tous les recueils d’eau pluviale sont réalisés en cuivre naturel au 8/10 d’épaisseur », poursuit Matthieu Vautrin. La spécificité patrimoniale s’exprime aussi dans les finitions. « Contrairement aux chantiers contemporains qui utilisent des éléments préfabriqués, les accessoires de finition (talons, naissances, joints de dilatation…) sont façonnés manuellement à partir de feuilles », explique le couvreur. Enfin, la réalisation de la charpente a représenté un défi technique majeur.
Deux tranches des travaux ont été menées par l’entreprise Maddalon : la première tranche, réalisée de mars à mai 2023, a nécessité la mise en place de 54 m3 de bois neuf sur le bâtiment destiné à accueillir la bibliothèque, avec un rampant de couverture de 8 m. La deuxième tranche, achevée en mars 2024, concernait une structure près de deux fois plus importante avec un rampant de 12 m. La première intervention a nécessité une reconstruction quasi intégrale de la charpente : dépose des fermes, remplacement des éléments dégradés, remontage en respectant l’assemblage d’origine.
Dans le second bâtiment, le but était de conserver un maximum de charpente en bon état et de cibler les éléments dégradés. « Aujourd’hui, sur un chantier classique, on utilise des machines numériques : beaucoup d’éléments sont préparés à l’avance, et sur site, il s’agit principalement d’assembler. Ici, c’est tout l’inverse : les compagnons travaillent à la main directement sur le chantier avec des ciseaux à bois ou des rabots », précise Guillaume Schmitt, directeur de travaux au sein de l’entreprise Maddalon. Des techniques traditionnelles similaires à celles utilisées sur des monuments comme Notre-Dame de Paris.
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