Transformer l’amiante en matériau inerte - La voie de la vitrification solaire

Face aux volumes importants de déchets amiantés issus du bâtiment, l’enfouissement reste aujourd’hui la solution la plus courante. Dans le cadre d’une réflexion sur l’impact environnemental de son activité, l’entreprise de désamiantage SFTP a choisi d’explorer une voie alternative innovante : l’inertage solaire de l’amiante.
13:2608/06/2026
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Bâtimétiers Numéro 83 | juin 2026

Chaque année en France, plusieurs centaines de milliers de tonnes de déchets amiantés sont retirés des bâtiments lors d’opérations de désamiantage. Une fois collectés, ces matériaux doivent être orientés vers des filières de traitement strictement encadrées. Dans la grande majorité des cas, les maîtres d’ouvrage choisissent l’enfouissement dans des installations de stockage spécialisées. Cette solution présente l’avantage d’une filière bien structurée et d’un coût maîtrisé. Mais elle ne détruit pas la fibre d’amiante : celle-ci est simplement confinée sur le long terme.

 

D’autres technologies existent, notamment la vitrification par torche à plasma, capable de transformer les fibres en matériau minéral inerte. Mais leur coût – environ cinq fois plus élevé que celui de l’enfouissement – limite fortement leur utilisation. Face à ce constat, l’entreprise SFTP, spécialisée dans le désamiantage et qui emploie 45 salariés à Villefranche-sur-Saône (Rhône), a engagé une réflexion sur l’évolution de ses pratiques et sur le devenir des déchets issus de ses chantiers.

 

Une démarche qui s’est notamment nourrie de la participation de l’entreprise au parcours Terra-BTP, un programme de formation au développement durable créé par la FBTP du Rhône et inspiré de la Convention des entreprises pour le climat. « Participer au parcours Terra-BTP a été un déclencheur, explique Pierre-Albin Rousset, directeur général de SFTP. Cela nous a poussés à regarder notre métier autrement et à chercher des solutions qui dépassent le cadre classique du désamiantage. » L’entreprise s’est alors intéressée à différentes technologies d’inertage. Cette réflexion l’a notamment conduite à rencontrer une start-up qui développe un procédé reposant sur la concentration de l’énergie solaire.

 

Le principe est celui de la vitrification thermique : à très haute température, les fibres d’amiante perdent leur structure et se transforment en matériau minéral inerte. « La vitrification existe déjà avec la torche plasma, mais sa consommation énergétique très élevée en limite fortement le déploiement », précise Pierre-Albin Rousset.

 

L’approche développée par la start-up repose au contraire sur l’utilisation d’une énergie renouvelable : des lentilles de Fresnel concentrent le rayonnement solaire sur un point extrêmement chaud, comparable à l’effet d’une loupe. « Les déchets amiantés, préalablement broyés et mélangés à du sable, pas­sent sous ce rayonnement concentré, poursuit Pierre-Albin Rousset. Sous l’effet de la chaleur, le matériau fond et se vitrifie. »

 

Le procédé peut fonctionner sous une large plage d’ensoleillement, les périodes moins favorables pouvant être mises à profit pour la maintenance et la préparation des installations. Par ailleurs, les matériaux obtenus après vitrification, totalement inertes, pourraient également être valorisés. Sous forme de granulats ou de poudre minérale, ils pourraient notamment servir de matériaux de substitution dans certaines formulations de liants ou de bétons, en remplacement partiel du ciment.

 

Des essais du procédé sur des déchets issus de chantiers réels ont été menés avec succès entre septembre 2024 et avril 2025. La technologie reste toutefois au stade expérimental. L’enjeu porte désormais sur le passage à l’échelle industrielle et le financement des équipements nécessaires. « Si cette solution se développe, nous pourrons proposer aux maîtres d’ouvrage une alternative crédible : une technologie beaucoup plus vertueuse sur le plan environnemental que l’enfouissement, mais à un coût comparable », conclut Pierre-Albin Rousset.

 

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