Nancy Union des savoir-faire pour sauver le Grand Hôtel de la Reine
L’entreprise Maddalon Frères est, quant à elle, en charge du lot charpente. Sur la façade arrière du pavillon donnant sur la place Stanislas, un autre défi attend les menuisiers de l’entreprise France-Lanord et Bichaton, en charge également du lot menuiseries extérieures bois : recréer de grandes fenêtres en chêne de 4 m de haut selon les modèles du XVIIIe siècle. Les planchers nécessitent aussi des travaux de renforcement de structure bois avec des procédés mécaniques en cours d’étude d’exécution pour reprendre les charges.
L’enjeu : corriger les déformations importantes et répondre aux nouvelles exigences réglementaires tout en respectant scrupuleusement les décors du bâtiment, comme les plafonds et les lambris. Les tailleurs de pierre de FLB mènent, quant à eux, d’autres opérations délicates : ils déposent les escaliers en pierre avec soin, chaque marche étant repérée pour être reposée ultérieurement, une fois les fondations stabilisées.
« Il y a un vrai savoir-faire transmis de génération en génération dans l’entreprise sur ce type d’ouvrage », insiste Recep Yildirim. « Cette minutie s’impose à chaque instant : un carottage mal positionné ou un scellement défectueux pourrait compromettre l’équilibre du bâtiment », ajoute Pierre-Yves Caillault. À noter que ce projet s’inscrit dans une continuité : l’entreprise France-Lanord et Bichaton a déjà réalisé des opérations similaires à Nancy et en Lorraine, notamment au château de Lunéville après l’incendie, chantier sur lequel l’entreprise Maddalon Frères avait eu en charge la charpente et la couverture, et au pavillon Héré à Nancy, avec le même architecte en chef. Le chantier du Grand Hôtel de la Reine devrait s’achever en 2027.

480 micropieux pour sauver un monument
Pour assurer la stabilisation structurelle du Grand Hôtel de la Reine, environ 480 micropieux ont été mis en œuvre, chacun descendant jusqu’à 15 m de profondeur afin d’atteindre un sol suffisamment porteur. Cette technique de fondations spéciales permet de reprendre et redistribuer les charges du bâtiment vers des couches de terrain plus résistantes. « Un micropieu est un élément en béton de faible section destiné à atteindre un sol porteur en profondeur. Ils sont espacés d’environ 1,50 m et reprennent chacun une partie des charges du bâtiment grâce à un système de chevalements métalliques », explique Pierre-Yves Caillault.
Le dispositif repose sur 400 profilés métalliques HEB, totalisant près de 50 t d’acier, scellés au moyen de 80 m3 de micro-béton autoplaçant. Leur installation a nécessité des carottages de 400 mm de diamètre dans des murs de fondation épais de 1,60 à 2 m. Après la réalisation des micropieux, l’ensemble des ouvrages a été calé par environ 600 m3 de béton. À la suite de l’exécution des micropieux, il a fallu excaver 1.000 m3 de terre dans les caves voûtées. Mais impossible de faire descendre les engins dans ces espaces confinés : les équipes ont utilisé des trémies, des palans et des tapis convoyeurs pour évacuer les gravats.
L’opération a demandé plus de vingt extracteurs d’air, des détecteurs de gaz en continu, et l’équipement des compagnons avec des masques ventilés. Les micropieux extérieurs ont été réalisés depuis le niveau de la place Stanislas, tandis que les micropieux intérieurs ont été forés depuis le rez-de-chaussée. « L’opération s’est basée sur une ingénierie de départ qui nécessitait un vrai savoir-faire de structure sur le bâti existant », indique Recep Yildirim. Au final, le bâtiment sera intégralement porté par ces nouveaux éléments de fondation : une prouesse technique au service d’un monument historique.
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