Église d’Aytré - Sous la voûte vibrante d’un bleu nuit

En décembre 2025, l’église Saint-Étienne a de nouveau accueilli ses ouailles, après une restauration voulue par l’édile local. Elle renoue ainsi avec la tradition médiévale du polychrome. Aux pinceaux : l’entreprise aytrésienne de peinture Gadoud-Braud.
7:1115/09/2026
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Bâtimétiers Numéro 84 | septembre 2026

Aujourd’hui, la majorité des murs des églises sont d’une blancheur immaculée : une monochromie née des restaurations au XIXe siècle. Les badigeons blancs ou les laits de chaux étaient préférés pour des questions pratiques et économiques. Mais, au Moyen Âge, une palette très codifiée de couleurs habillait les murs de ces édifices. Le bleu, en écho au manteau de la Vierge, évoquait son aspect céleste. Bâtie au Xe siècle, l’église Saint-Étienne d’Aytré (Charente-Maritime) a été plusieurs fois restaurée.

 

« Mais elle commençait à être vraiment malade, relève Éric Bazillais, à la tête de l’entreprise de peinture Gadoud-Braud à Aytré. Il avait même été envisagé par l’opposition de la raser pour en faire un parking. » Alors, pour ne pas laisser disparaître ce symbole de l’histoire locale, le maire de la commune décide de lui offrir un nouvel écrin. Depuis décembre 2025, fidèles et visiteurs l’ont réinvestie sous une voûte majestueuse d’un bleu profond.

 

Ce choix a été dirigé par des recherches empiriques qu’a menées Éric Bazillais. « Sur Internet, j’ai découvert des bleus superbes dans certaines églises. J’ai aussi interrogé des anciens qui m’ont confirmé que cette couleur était présente à Saint-Étienne lorsqu’ils étaient enfants. » Le bleu en question a été élaboré sur les conseils de la coloriste designer d’intérieur installée à La Rochelle et sur l’île de Ré @Maison Sandrine, et son intensité, obtenue par une peinture à base d’argile et de pigments naturels. D’un mat profond, « la peinture apporte un rendu riche, s’émerveille le peintre. Le bleu vibre selon la lumière ». Celle-ci se déverse dans la nef par les sept vitraux neufs réalisés, « grâce aux dons des Amis de l’église, par l’artiste rochelaise Virji. Certains vitraux étaient absents, et l’état des autres les rendait irrécupérables ».

 

Cette peinture a répondu aussi à un enjeu technique. Après un ponçage soigneux de tous les supports, « nous avons réalisé un test pour nous assurer de son adhérence et de sa bonne tenue dans le temps car les églises non chauffées sont sujettes à l’humidité. À plus de 10 m de haut, nous n’allions pas remonter tous les ans pour effectuer des retouches », pointe Éric Bazillais. Les voûtes bleues ont aussi été mises en valeur par un blanc mousse de la même peinture qui met en saillie les lignes des arcades.

 


Au total, 700 m2 de plafond et de murs ont été recouverts par deux à trois peintres durant deux mois. Mais pas sans contraintes. Pour retrouver la solennité des édifices séculaires, l’ancien dallage a été déposé au profit d’un nouveau sol en pierre calcaire de Bourgogne. « Nous avons dû caler le planning avec l’entreprise qui a réalisé ces travaux car nous devions intervenir entre la dépose de l’ancien revêtement et la pose du nouveau », se souvient Éric Bazillais. Et pour cause.

 

Pour élever les peintres à 10 m au-dessus du sol, il fallait un engin lourd qui aurait endommagé la pierre naturelle. « La nacelle devait aussi pouvoir passer la porte de l’église », précise le peintre.

 

Le chantier de Saint-Étienne a été l’occasion de valoriser le réemploi. D’anciens blocs de pierre du sol ont été réutilisés par les services municipaux aux abords du monument. Et les visiteurs bénéficient de nouvelles assises recyclées. « L’église Saint-Paul de Rochefort ayant été désacralisée, le diocèse nous a offert ses 70 bancs en chêne. Nous les avons restaurés en les ponçant, en appliquant un traitement insecticide, fongicide, anti-termites, puis une huile de protection. »

 

La restauration de l’église de son village est une grande fierté pour Éric Bazillais. Outre sa beauté retrouvée par la couleur, elle est redevenue le coeur battant d’Aytré. En plus des messes et sacrements, Saint-Étienne accueille aussi des concerts. Un beau passage de flambeau pour Éric Bazillais : après dix-huit ans à la tête de cette entreprise rochelaise de peinture créée il y a cinquante-trois ans par MM. Gadoud et Braud, il la transmettra début 2027 à l’un des collaborateurs. 

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