Matériaux traditionnels et techniques d’antan redonnent vie et éclat à un ancien couvent

Le site de 7.500 m2 situé à Nice (Alpes-Maritimes) a fait l’objet d’une restauration minutieuse. Le recours à des matériaux bruts et à des peintures artisanales a été privilégié. Les techniques traditionnelles ont été mises en œuvre scrupuleusement.
14:1217/03/2026
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Bâtimétiers Numéro 82 | mars 2026

Une cure de jouvence pour un lieu chargé d’histoire. À l’issue de trois ans de travaux, un ancien couvent du xviie siècle situé sur les hauteurs du Vieux Nice a été transformé en hôtel cinq étoiles. Fondé par les Sœurs clarisses en 1604, puis occupé par les Visitandines à partir de 1803, le bâtiment était à l’abandon. Après avoir obtenu le feu vert de la Ville de Nice en 2014, Valéry Grégo, fondateur d’un groupe spécialisé dans l’hôtellerie de luxe, a orchestré la restauration minutieuse de ce site de 7.500 m2, qui fait l’objet d’un bail à construction sur quatre-vingt-treize ans.

 

Il s’est notamment appuyé sur son frère, l’architecte Louis-Antoine Grégo, qui a dirigé le projet du musée Louvre-Lens (Pas-de-Calais). Le duo a cherché à respecter au mieux l’histoire de cette bâtisse inscrite au titre des monuments historiques. Les trois bâtiments existants ont été restaurés et une quatrième aile a été construite dans l’esprit du couvent originel. Depuis son ouverture en juin 2024, l’hôtel du Couvent propose 88 chambres et suites. Un projet estimé à près de 70 millions d’euros.

 

Préservation du patrimoine

 

Pour conjuguer préservation du patrimoine et innovation architecturale, le recours à des matériaux bruts – la terre cuite, le bois et la chaux –, a été favorisé. Les éléments architecturaux d’origine, pierres de taille et marbre de Carrare, ont été conservés. Les techniques de construction traditionnelles ont été privilégiées. Ainsi, l’entreprise locale Sériès, spécialisée notamment dans la décoration d’intérieur, qui est intervenue sur le chantier de la fin 2021 à la mi-2023, a « banni tout ce qui était moderne », comme l’explique son dirigeant, Nicolas Sériès.

 

« Nous avons choisi de réaliser le piquage de tous les murs. Le travail de piquage et d’application est long et a mobilisé jusqu’à 45 compagnons mais il nous a permis d’obtenir une surface parfaite et de recréer plus aisément la patine d’époque », se félicite-t-il.

 

Effectué à la main à l’aide d’un marteau et d’un burin, le piquage élimine les revêtements dégradés tout en créant une surface rugueuse qui améliore l’adhérence des nouveaux. Fort de cent trente ans d’expérience, le groupe Sériès a l’habitude d’employer la chaux, qui représente 40 % de ses chantiers. « Ces dernières années, la chaux est redevenue un matériau privilégié pour la décoration, commente le dirigeant. Nos plus vieux peintres savent la travailler comme du stuc » et donner ainsi un aspect lisse imitant le marbre ou la pierre. 

 


Peinture, vitrerie- miroiterie, papier peint, décoration, bois et marbres

 

La décoration intérieure, c’est la spécialité d’origine des établissements Sériès, dont la création remonte à 1896. Peinture, vitrerie-miroiterie, papier peint, bois et marbres : la maison Sériès, alors domiciliée à Monaco, offre une large palette de services.

 

En 1919, le dirigeant Marius Sériès rachète une société à Marseille pour étendre son champ d’action. Les établissements Sériès deviennent alors la plus importante entreprise de décoration d’intérieur du sud de la France. Nicolas Sériès, directeur actuel du groupe et arrière-petit fils de Marius, poursuit le développement dans le respect des techniques de construction.

 

« Avant un embellissement, il faut étudier les supports, analyser, trouver les produits qui conviennent le mieux, explique-t-il. Un travail de préparation qui prend du temps, parfois ingrat, mais dans lequel réside une bonne part de notre savoir-faire. »

À la main, au pinceau et à la brosse

 

Les équipes de Sériès ont employé la chaux à la fois pour les mortiers, les enduits et la décoration des murs. Ainsi les compagnons ont apposé un mortier traditionnel à base de chaux, conçu pour la restauration des maçonneries anciennes. Puis ils ont employé « des enduits à la chaux un peu granuleux qui préservent l’aspect vallonné des murs anciens », indique Nicolas Sériès. Là encore, les méthodes traditionnelles ont été appliquées scrupuleusement.

 

« Le mortier étant trop sableux, le travail à la chaux n’était pas mécanisable. C’est pourquoi nous avons appliqué les près de 20 000 m2 d’enduits à la main, comme on le faisait aux xviie et xviiie siècles. Et pour les badigeons de chaux qui permettent de décorer les murs tout en étant bien plus respirants que les peintures modernes, tout a été fait à la brosse », décrit-il. « Dans le même esprit, poursuit-il, nous avons fait appel à un staffeur, un artisan spécialisé qui a réalisé des moulures sur mesure pour les 8 000 mètres linéaires de corniches, puis nous avons tout collé à la main. » Les compagnons ont également peint toutes les boiseries, persiennes et portes moulurées, ainsi que les métalleries et ferronneries.

 

« Nous avons choisi des peintures minérales et des peintures solvantées dites “cordées” dont la finition évoque la patine des murs anciens tout en apportant une touche contemporaine. Elles ont toutes été appliquées à la brosse et au pinceau », précise-t-il. Tous se souviendront longtemps de ce chantier pointu, très technique, dans cet hôtel qui traversera les âges. Un projet de mise en valeur patrimoniale prestigieux qui fait aujourd’hui partie du top 5 des réalisations de l’entreprise.

© DR

La chaux, un matériau aux multiples vertus

 

La chaux est un matériau vieux de plusieurs millénaires. Les Égyptiens et les Romains dans l’Antiquité, les architectes vénitiens au Moyen Âge, utilisaient déjà des enduits à la chaux sur les murs comme éléments décoratifs. Aujourd’hui, ce produit qui vieillit bien dans le temps et donne un aspect chaleureux aux constructions connaît un renouveau dans la restauration du patrimoine, la décoration naturelle et la construction écologique.

 

La chaux contribue à l’isolation thermique et phonique. Grâce à sa structure microporeuse, elle laisse littéralement « respirer » les murs en permettant à l’humidité présente dans la maçonnerie de s’évacuer librement, ce qui évite l’apparition de moisissures. Une propriété précieuse pour les bâtiments anciens aux murs épais, qui ont besoin de pouvoir sécher naturellement. 
Forte d’une bonne inertie thermique, ce matériau dense et épais est capable d’emmagasiner la chaleur pendant les périodes chaudes de la journée, puis de la restituer progressivement lorsque la température baisse. Et il s’agit d’un produit naturel sans solvant, sans additif chimique et sans composé organique volatil.

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