L’entretien des façades est une opération qui est la plupart du temps négligée, et néanmoins indispensable. En effet, au fil du temps, les micro-organismes tels que les mousses, algues et lichens se fixent sur la façade et sécrètent des acides organiques qui attaquent chimiquement le support. « Cela génère tout d’abord des désordres uniquement esthétiques, mais si on ne fait rien, ce phénomène peut provoquer des dégradations au niveau de l’enduit, puis de la maçonnerie et du bâti, explique Jérôme Jimenez, président de Sol Façade, spécialiste de l’enveloppe extérieure des bâtiments (ITE, enduits, bardages, parements et ravalements), implanté à Noé près de Toulouse (Haute-Garonne).
L’absence d’entretien peut générer de fortes dégradations sur les revêtements de finition et se traduire par des décollements susceptibles de causer des infiltrations d’eau, qui exigeront ensuite des travaux de réparation importants. » Pour prévenir ces désordres, la solution consiste à réaliser un nettoyage léger à l’eau claire de façon régulière, pour éliminer les pollutions atmosphériques et aussi des débuts de développements organiques. Un nettoyage léger doit être réalisé tous les ans, un nettoyage approfondi avec traitement tous les trois à cinq ans selon l’exposition et le climat, et une rénovation ou ravalement tous les dix ans environ, en fonction de l’état de la façade.
Afin que ces bonnes pratiques deviennent partie intégrante des règles de l’art, elles vont faire l’objet d’un livret d’entretien qui devrait être intégré en annexe dans le NF DTU 26.1 « Travaux d’enduits de mortiers », actuellement en révision. Celui-ci préconisera d’identifier, avant tout nettoyage, les différentes pathologies possibles en façade – qui proviennent en partie de la pollution atmosphérique urbaine – afin d’adapter la méthode de nettoyage en fonction de la nature de la salissure et du matériau de façade. La haute pression est envisageable, avec certaines précautions, pour les façades en terre cuite, béton ou pierre, tandis que les surfaces plus fragiles doivent être traitées avec une technique plus douce comme la brosse rigide ou la nébulisation.
« Pour une meilleure protection de l’environnement, la tendance est à l’utilisation de produits de nettoyage “bio”, et à des procédés innovants comme le nettoyage à la vapeur, ajoute Jérôme Jimenez. Pour faire face aux situations de sécheresse de plus en plus fréquentes, qui peuvent aller jusqu’à des arrêtés de limitation de l’utilisation de l’eau, il existe aujourd’hui des procédés de nettoyage qui réduisent de moitié la consommation d’eau. »
L’entretien régulier des façades étant pour l’instant peu réalisé, les salissures, voire les dégradations, qui apparaissent dans le temps incitent de plus en plus propriétaires et syndics de copropriété à envisager des travaux en faisant jouer l’assurance dommages-ouvrage avant son terme décennal. Cependant, les experts mandatés établissent le plus souvent que les pathologies constatées sont dues à une absence d’entretien des façades, ce qui exclut de les traiter dans le cadre assurantiel. L’objectif du livret d’entretien, qui devrait être inclus dans la nouvelle norme, est donc de renforcer le devoir de conseil des professionnels et d’inciter les propriétaires à souscrire de façon préventive un contrat d’entretien, dont le coût sera inférieur aux travaux de rénovation qu’ils devront financer à terme en cas d’insuffisance ou d’absence d’entretien de leurs façades.