Le premier équipement sportif certifié « passif » en France repousse les limites du bâtiment biosourcé

Dans la Marne, un gymnase de 1.228 m2 vient de décrocher la certification PassivHaus, une première pour un équipement sportif en France.
7:5114/09/2026
Rédigé par
revue
Retrouvez ce dossier dans notre revue Bâtimétiers
Bâtimétiers Numéro 84 | septembre 2026

En 2022, le maire de Val-de-Vesle (Marne) a lancé une consultation de maîtrise d’œuvre avec la commande précise de concevoir un équipement sportif exemplaire sur trois fronts : performance passive, matériaux biosourcés et préservation de la biodiversité. C’est l’agence rémoise Haïku Architecture qui a remporté le marché. « L’ambition du maître d’ouvrage était claire : un bâtiment exemplaire, non seulement sur la consommation énergétique mais aussi sur la construction biosourcée et le soutien à la biodiversité », résume Philippe Zulaica, architecte associé mandataire. Ce bâtiment livré fin 2025 regroupe une grande salle multisport, une salle de gymnastique, un foyer-club-house et des vestiaires.

 

Très compact pour limiter les surfaces de déperdition, le gymnase tire également parti des locaux de rangement sur les pignons est et ouest, qui jouent le rôle de tampons thermiques et renforcent l’efficacité de l’enveloppe de la grande salle. Son enveloppe verticale a été entièrement réalisée en ossature bois porteuse, préfabriquée dans les ateliers de l’entreprise Le Bâtiment Associé.

 

Chaque panneau de façade comprend une double épaisseur de montants, 24 cm et 16 cm, remplie de fibre de bois biosourcée, soit 40 cm d’isolation au total. Un matériau retenu non seulement pour ses performances thermiques mais aussi pour son inertie qui permet de lisser les variations de température en toutes saisons. « L’écart de prix avec les laines minérales se réduit progressivement et les maîtres d’ouvrage s’orientent de plus en plus vers des matériaux biosourcés », observe Michaël Simier, directeur Construction bois chez Le Bâtiment Associé, implanté à Muizon (Marne). En toiture, la charpente en lamellé-collé a reçu un panneau en bois massif contrecollé (CLT) de 60 mm, une variante proposée en phase chantier pour préserver l’étanchéité à l’air. Le support initialement prévu en bac acier aurait en effet nécessité de multiples perforations pour fixer l’isolant

Au total, le bâtiment a mobilisé environ 320 m3 de bois en structure et 35 m3 en bardage douglas pré-grisaillé, posé en planches et couvre-joints. « Le bardage bois s’imposait naturellement : c’est un matériau renouvelable, recyclable, produit en France, qui stocke du carbone tout au long de la vie de l’ouvrage », souligne Philippe Zulaica. Conformément aux exigences PassivHaus, toutes les menuiseries extérieures ont été réalisées en triple vitrage bois afin d’allier un bilan carbone favorable et des performances supérieures à l’aluminium sur le plan thermique.

 

L’ensemble des vitrages a été protégé par des brise-soleil orientables motorisés. Le bâtiment a été orienté nord-sud : la façade principale, exposée au sud-ouest vers le cœur de bourg, était largement vitrée pour capter les apports solaires en hiver et protégée des intempéries et du rayonnement estival par un large auvent, tandis que le nord restait très fermé pour limiter les déperditions. Mais il subsistait une contrainte inhérente au programme : là où un immeuble de bureaux bénéficie de la chaleur de ses occupants, un gymnase n’en compte pas assez pour compenser l’importance du volume à chauffer. Le bâtiment a donc été conçu sans chauffage conventionnel ni climatisation, le maintien en température reposant exclusivement sur la ventilation double flux avec récupération d’énergie.

 

Un résultat record sur l’étanchéité à l’air

 

Le principal défi du chantier concernait la maîtrise de l’étanchéité à l’air. Le Bâtiment Associé a mis en œuvre des solutions nouvelles pour l’entreprise : un frein vapeur de type panneau bois rigide, à la place d’une membrane souple, et une membrane butyle en partie basse pour traiter les jonctions entre l’ossature bois et le dallage béton. « Les résultats ont dépassé nos prévisions », se félicite Rémi Comel, conducteur de travaux chez Le Bâtiment Associé.

 

Le test intermédiaire, réalisé avant l’intervention des corps de métier secondaires, avait affiché, selon la norme européenne n50, un ratio de 0,06 vol/h, soit dix fois en dessous de l’exigence PassivHaus. Le test final, après l’intervention de l’ensemble des lots (CVC, cloisons, électricité), avait confirmé la tenue de l’enveloppe : n50 = 0,09 vol/h, plus de six fois sous le seuil passif. Les toitures-terrasses à ossature bois équipées de panneaux photovoltaïques ont été en partie végétalisées pour réguler l’écoulement des eaux pluviales vers les noues installées autour du bâtiment. Cela permet également de renforcer la biodiversité locale.

 

« Le bâtiment ne dépend d’aucune source d’énergie fossile, et son bilan carbone repose sur des matériaux d’origine naturelle, sans recours au ciment ni à l’acier », confirme Philippe Zulaica. La certification délivrée par la Fédération française de construction passive a inclus une vérification a posteriori au terme d’une année de fonctionnement, justificatifs de consommation à l’appui. Cette rigueur a permis à la commune d’obtenir des subventions couvrant 80 % du coût du chantier. « Ce type de réalisation a vocation à inspirer d’autres maîtres d’ouvrage », conclut Michaël Simier.



© DR

Les fuites d’air en chiffres

 

Pour mesurer l’impact de l’étanchéité à l’air, le thermicien du projet a converti différents niveaux de perméabilité en consommation annuelle de fioul équivalent, sur la base d’un bâtiment de 3 000 m3. Le principe est simple : plus un bâtiment est perméable, plus l’air chaud s’échappe et doit être remplacé, ce qui est fait par de l’air froid, que le système de chauffage devra réchauffer en permanence. Les écarts sont saisissants. Un bâtiment conforme à la réglementation thermique courante (n50 > 1,0 vol/h) perd l’équivalent de 8 000 litres de fioul par an par infiltration.

 

En atteignant le seuil PassivHaus (n50 = 0,60 vol/h), ces pertes chutent à 1 800 litres. À 0,10 vol/h, six fois sous le seuil passif, elles descendent à 300 litres. Le gymnase de Val-de-Vesle va encore plus loin : avec un n50 mesuré à 0,09 vol/h, ses pertes par infiltration représentent moins de 100 litres de fioul équivalent par an. Entre un bâtiment réglementaire et le gymnase de Val-de-Vesle, les pertes par infiltration ont été divisées par soixante-dix. Un chiffre qui rappelle que l’étanchéité à l’air, souvent négligée sur les chantiers traditionnels, reste pourtant le maillon faible de la performance énergétique.


A découvrir

Pour contacter facilement votre fédération et accéder aux prochaines réunions
Vous n'êtes pas adhérent et vous cherchez une information ?