Rénovation de façade - L’économie circulaire au service de la performance énergétique

À Nanterre, la réhabilitation complète d’un immeuble de bureaux de 12.600 m² illustre la montée en puissance de l’économie circulaire dans le bâtiment.
10:4117/03/2026
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Bâtimétiers Numéro 82 | mars 2026

Rénover une façade ne consiste plus simplement à remplacer des châssis vieillissants : le projet Cambium, immeuble de bureaux construit en 1989 à Nanterre (Hauts-de-Seine), en est la preuve. L’opération menée par l’entreprise Ouest Alu, implantée aux Herbiers (Vendée), a associé la modernisation de 8 231 m² de façades, la réduction des émissions carbone et la valorisation des matériaux déposés. Ce chantier réalisé entre avril 2024 et juin 2025 a notamment nécessité la dépose et le remplacement de 1 160 châssis.

 

« Les anciens châssis étaient posés depuis l’extérieur avec un ébrasement intérieur venant reprendre le doublage. Il fallait donc déposer simultanément les ébrasements intérieurs pour pouvoir les redescendre et les évacuer, tout en retirant les châssis côté façade », explique Bertrand Laffont, directeur technique adjoint d’Ouest Alu.

 

Une offre en boucle fermée

 

1u-delà de la performance technique, c’est la gestion des matériaux déposés qui constitue l’innovation majeure du projet. « Nous avons mis en place une offre en boucle fermée, c’est-à-dire un traitement complet des menuiseries avec récupération de l’aluminium et du verre », indique Raphaël Fribault, directeur de projet. Grâce à ce dispositif, près de 32 t d’aluminium et 38 t de verre ont été valorisées dans des filières dédiées, évitant respectivement l’émission de 200 t et de 21 t de CO2.

 

Car l’aluminium présente un avantage majeur : il se recycle à l’infini sans perdre ses propriétés. Sur le projet Cambium, ce matériau a été acheminé vers la fonderie spécialisée Coralium pour y être refondu sous forme de billettes bas carbone, des cylindres qui servent de matière première aux profilés. « Pour produire de l’aluminium neuf, il faut l’extraire de la bauxite. C’est un processus énergivore qui génère d’énormes quantités de CO2.

 

Avec le recyclage en boucle fermée, on évite complètement ces étapes d’extraction et de première fusion. D’ailleurs, aujourd’hui, toutes nos offres intègrent la boucle fermée », souligne Antoine Latapie, directeur des activités travaux. Pour le vitrage, la logique est similaire. « Quand on recycle du verre, les verriers récupèrent directement le calcin dont ils ont besoin, explique Bertrand Laffont. Ils n’ont donc plus à extraire et fondre de la silice pour fabriquer de nouveaux vitrages. » Si la proportion de matière recyclée reste limitée pour des raisons de performance, chaque tonne valorisée évite l’extraction et la transformation de matériaux vierges.

Une façade « respirante » et performante

 

Les anciens châssis ont été remplacés par un système « respirant » innovant. Le principe : un double vitrage côté intérieur et un simple vitrage côté extérieur créent entre eux une lame d’air où se loge un store vénitien. « Le store placé entre les deux vitrages bloque la chaleur du soleil en été tout en étant protégé des intempéries, précise Antoine Latapie. En hiver, c’est le double vitrage intérieur qui isole du froid. Il faut rappeler que la façade représente entre 15 et 20 % des déperditions thermiques d’un bâtiment. »

 

La nouvelle enveloppe de l’immeuble Cambium améliore donc sensiblement les performances thermiques tout en répondant aux exigences des nouvelles réglementations, qui imposent désormais de calculer l’empreinte carbone du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie. « Il faut rappeler que 80 % de la masse d’une façade provient de l’aluminium et du vitrage : ce sont donc ces deux matériaux sur lesquels il faut agir en priorité », insiste Bertrand Laffont. Pour mesurer précisément l’impact carbone en amont du chantier, Ouest Alu a développé un configurateur qui génère des FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire) sur mesure.

 

« Sans données précises, les calculs d’analyse du cycle de vie utilisent des valeurs génériques pénalisantes. Notre outil calcule le poids carbone réel en intégrant tous les composants : aluminium standard ou bas carbone, vitrage, joints, caissons… », indique Bertrand Laffont. De quoi aider architectes et bureaux d’études à faire les bons choix dès la phase projet. Associé au recyclage de l’aluminium, ce nouvel outil s’inscrit dans une démarche globale : décarboner les façades passe par la maîtrise de chaque étape, de la conception au recyclage des matériaux.

© Studio Gaël ARNAUD

Valoriser l’aluminium de bâtiment dans sa propre filière : un enjeu majeur

 

Tous les aluminiums ne sont pas interchangeables : pour recycler efficacement ce matériau, il faut impérativement respecter la spécificité de chaque alliage. « L’alliage des menuiseries de façade possède des propriétés spécifiques, indispensables pour fabriquer le nouvel alliage bas carbone, insiste Raphaël Fribault. Tous les aluminiums ne se valent pas : impossible de faire ces billettes avec des matériaux issus de canettes ou de jantes automobiles. Il faut impérativement utiliser de l’aluminium de bâtiment. »

 

Ce constat pose une question stratégique pour toute la filière : comment récupérer cet aluminium avant qu’il ne disparaisse dans des circuits de recyclage généralistes, voire à l’export ? Avec la multiplication des rénovations liées au décret « tertiaire » et aux exigences des labels environnementaux (BBCA, HQE, BREEAM), le gisement d’aluminium est pourtant considérable. « Le secteur du bâtiment doit absolument comprendre qu’il faut récupérer les façades en fin de vie », poursuit Raphaël Fribault. Mais cette ambition se heurte à l’organisation traditionnelle du secteur. « Le curage du bâtiment se fait souvent bien en amont de la rénovation », observe Bertrand Laffont.

 

Résultat : les entreprises de curage récupèrent l’ensemble des déchets, y compris les menuiseries aluminium. « Jusqu’à une époque récente, la dépose des menuiseries était systématiquement attribuée au lot curage quand on répondait à un appel d’offres. On ne pouvait même pas proposer de s’en charger », confirme Raphaël Fribault. « Notre travail actuel consiste à faire comprendre aux maîtres d’ouvrage que même si le curage intervient en amont, nous pouvons démonter les façades ou les châssis pour réintégrer la matière dans notre boucle fermée », poursuit Bertrand Laffont. Une évolution qui nécessite de repenser les cahiers des charges et de sensibiliser tous les acteurs à la spécificité de l’aluminium de bâtiment.

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