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Bâtimétiers N° 28 - 2012 | GROS OEUVRE/STRUCTURE

Rives de l'Orne

Trois PME normandes relèvent le défi

La construction de ce vaste quartier du centre-ville de Caen a été attribuée à un groupement de trois entreprises locales de gros œuvre. Retour sur cette association qui a su convaincre grâce à sa capacité d'études, sa réactivité et ses aptitudes au management de chantier.

Avec les Rives de l'Orne, c'est un quartier entier qui sort de terre. Depuis plus de dix-huit mois, le cœur de ville de Caen est en ébullition. Le long du quai Amiral Hamelin, sur la longue bande de terre située entre l'Orne et les voies ferrées, tous les bâtiments qui composent ce grand projet ont poussé en même temps. Côté fleuve : 5 immeubles de 7 niveaux chacun, soit 220 logements au total, et un hôtel de 100 chambres. Côté voies ferrées : 4 immeubles de bureaux de 10 étages et un cinéma multiplexe de 10 salles. Ce vaste ensemble repose sur un complexe commercial de moyenne surface et de boutiques en rez-de-chaussée, et un parking de près de 1 000 places en sous-sol. En surface, entre les bâtiments, le quartier offrira aux Caennais un nouvel axe de circulation majeur, agrémenté d'espaces verts, réalisé par la ville.

Un bureau d'études performant et réactif

Les deux promoteurs du projet - la Safaur, implantée localement, et Apsys, un promoteur francilien - ont attribué en novembre 2010 les lots terrassements, fondations et gros œuvre à un groupement composé de trois PME locales : les entreprises Zanello (Tessy-sur-Vire dans la Manche, mandataire du groupement), CMEG (Bretteville-l'Orgueilleuse, Calvados) et SEEL Laugeois (Lisieux, Calvados). « Étant donné l'échelle du projet, nous avons pris l'initiative de nous regrouper pour répondre au marché en faisant valoir nos références respectives et notre complémentarité, explique Bruno Zanello, président de l'entreprise du même nom, qui compte un effectif de 180 salariés. La CMEG s'est chargée des commerces et du cinéma multiplexe, la SEEL Laugeois d'un immeuble de bureaux et notre entreprise des 5 immeubles de logements, de l'hôtel et des autres immeubles de bureaux. »

En plus de son implantation locale, le groupement a mis en avant des moyens techniques et humains importants, jusqu'à 500 salariés mobilisables sur le chantier. Le projet imposait aussi une grande souplesse pour répondre aux nombreux arbitrages liés à sa complexité et aux exigences de chaque promoteur. Par exemple : comment optimiser la surface des commerces en limitant le nombre de poteaux ; comment déplacer un mur porteur ou élargir une ouverture pour optimiser le volume et l'agrément d'un appartement, avec des modes constructifs compatibles entre eux et respectant la réglementation sismique ? Pour y répondre, le groupement d'entreprises s'est appuyé sur sa capacité d'études, associée à une qualité d'écoute et une grande réactivité. « Par volonté d'indépendance, notre entreprise possède son propre bureau d'études d'exécution et de méthodes, où travaillent six salariés permanents, indique Bruno Zanello. Non seulement nous l'avons mobilisé en amont du projet, mais il en a suivi toutes les évolutions, pendant toute la durée de l'appel d'offres. Pour chaque changement envisagé par les promoteurs, nous avons élaboré une solution technique alternative que nous étions à même d'exposer et de chiffrer lors de la rencontre suivante, ce qui a instauré un vrai climat de confiance. »

Défis techniques et management de chantier

Sur le site, le premier défi à relever s'est présenté au moment du terrassement, avec la nécessité de dépolluer cet ancien site ferroviaire ayant servi au nettoyage des chaudières à vapeur des locomotives, puis au stockage de carburant. Parmi les 150 000 m3 terrassés, les 15 000 m3 les plus dangereux ont été évacués par voie fluviale vers un site de recyclage situé à Gand en Belgique, ce qui a permis d'éviter de nombreuses rotations de camions jusqu'à la décharge de classe 1 la plus proche par la route, située en région parisienne. D'autre part, la présence d'eau à 50 cm de la surface a exigé, dans le cadre de la loi sur l'eau, d'installer un poste de rabattement de nappe et un système de pompage, avant de réaliser sur un matelas drainant les radiers qui ont isolé les bâtiments de l'eau.

Les Rives de l'Orne reposent sur des fondations spéciales, formées de 1 400 pieux dont le diamètre et le positionnement ont été optimisés par les bureaux d'études des entreprises. Le projet représente 124 000 m² de plancher et 58 000 m3 de béton, ce qui a entraîné un va-et-vient de 30 camions toupies de 6 m3 par jour pendant plus d'une année. Concernant les techniques constructives retenues, les logements, les bureaux et l'hôtel ont été réalisés à base de dalles pleines reposant sur des « poteaux champignons », en béton coulé en place, tandis que, pour assurer les portées, le cinéma multiplexe a été construit à l'aide de poutres en béton précontraint et de dalles alvéolaires. « Techniquement, ce chantier ne présentait pas un caractère exceptionnel, mais le principal défi résidait dans le fait que tous les bâtiments devaient s'édifier simultanément », souligne Gino Zanello. Pour y parvenir, les trois entreprises se sont concertées pour implanter dix grues à tour - un nombre exceptionnel - aux points-clés du chantier. Pour qu'elles puissent fonctionner ensemble sans danger, elles ont été reliées par un système anticollision électronique. Ce dernier informe les grutiers de tout risque de collision entre le câble de levage de la grue la plus haute et la flèche ou la contre-flèche de toute autre grue dans son rayon d'action, en prenant en compte la capacité de freinage de l'engin. Sans réaction du grutier, c'est le système qui prend le relais et stoppe automatiquement le mouvement de la grue. Autre exemple de la préoccupation permanente en matière de sécurité : la mise en œuvre de tables coffrantes pour la réalisation des balcons. Enfin, cette opération a exigé pour l'entreprise Zanello la mise en place d'un management hors norme, pour coordonner l'intervention de ses dix chefs de chantier, avec la désignation de trois conducteurs de travaux dont les attributions respectives étaient l'organisation du chantier, l'interface entre les entreprises du groupement et les promoteurs, et l'intervention des corps d'état secondaires. Grâce à cette organisation, le gros œuvre devrait s'achever fin septembre 2012, conformément au planning prévu. Caen bénéficiera bientôt de nouveaux logements certifiés Habitat et Environnement, de bureaux certifiés HQE et de commerces certifiés selon la norme environnementale anglaise Breeam. Les commerces constitueront la première tranche de livraison du projet, en mars 2013. « Pour répondre à cet important projet, conclut Bruno Zanello, notre groupement, fort d'une détermination et d'une réactivité de tous les instants, a démontré que les PME locales peuvent convaincre une maîtrise d'ouvrage suffisamment ouverte et rivaliser au plus haut niveau. »

Plan de masse du projet - Périmètre de rayonnement des grues du chantier

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