Bâtiment-pont Synthèse des expertises et matériaux complémentaires

En utilisant chaque matériau pour ses propriétés intrinsèques, le bâtiment-pont Woodeum Paris Rive Gauche, qui surplombe les voies SNCF à proximité de la gare d’Austerlitz, montre que la construction mixte est une solution adaptée aux ouvrages d’ingénierie complexe.
7:4514/09/2026
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Bâtimétiers Numéro 84 | septembre 2026

Construire un bâtiment-pont de dix niveaux au-dessus des voies SNCF menant à la gare d’Austerlitz ? Un défi qui sera bientôt accompli avec « Woodeum Paris Rive Gauche », un projet qui comprend 177 logements et 9 coques commerciales, actuellement construit à proximité de la bibliothèque François-Mitterrand par un groupement ayant Bouygues Bâtiment Île-de-France Habitat Résidentiel pour mandataire, pour le compte de Cogedim.

 

La construction a commencé avec la réalisation de l’ouvrage de franchissement par Bouygues Travaux Publics : il se compose de 17 méga-poutres métalliques de 48 m de longueur, entre lesquelles on a coulé des dalles en béton, l’ensemble ayant été réalisé uniquement de nuit, sous coupure caténaire. L’ouvrage ainsi réalisé est nommé « crash deck », et crée un espace où sont implantés tous les locaux techniques relatifs aux réseaux qui alimentent le bâtiment, comme électricité, chauffage, eau chaude sanitaire… Sur ce crash deck, on a construit une charpente métallique en poutres Warren correspondant au rez-de-chaussée et au premier étage du bâtiment, formant les coques où seront accueillis les commerces.

 

Enfin, sur cette charpente métallique reposent les neuf niveaux de logements, répartis en deux tours, réalisés en charpente bois. La construction d’un bâtiment qui réunit autant de contraintes est d’abord une prouesse d’ingénierie : « Toute la difficulté vient du fait que le bâtiment repose sur une structure métallique qui a été posée avec une contre-flèche, et doit pouvoir se déformer avec l’accumulation des descentes de charges pour retrouver sa forme horizontale à l’issue de la construction, explique Marine Denimal, cheffe de projet chez Bouygues Bâtiment Île-de-France. Cela nous amène à modéliser tous les ouvrages en élévation de façon qu’ils puissent se déformer à l’unisson de ce pont qui fait office de fondations. »

 

Pour mener à bien ce projet hors norme, l’entreprise a fait appel aux pôles de compétences internes de Bouygues Construction dans les domaines de la construction métallique, du calcul de structures en béton armé et de la construction bois, en coordonnant leurs travaux respectifs. Pour alléger autant que possible la structure en élévation, et réduire le bilan carbone du projet, les cabinets d’architectes Data et DVVD ont fait le choix d’une construction majoritairement en bois, complétée par des noyaux – cages d’ascenseurs et cages d’escaliers – en béton coulé en place, assurant le contreventement du bâtiment.

 

« Les neuf niveaux de logement sont réalisés avec un système constructif de poutres métalliques et poteaux en bois lamellé-collé, ce qui permet d’éviter les retombées de poutres, si elles avaient été en bois, au niveau des plafonds, explique Florent Leforestier, responsable du bureau d’études construction bois WeWood, interne à Bouygues Construction, qui a pris en charge les études d’exécution. Nous avons poussé très loin la préfabrication, en intégrant en atelier les ferrures en pied et en tête de poteaux, pour garantir une qualité industrielle et réduire le temps de pose sur le chantier. » En complément, les planchers sont réalisés en CLT (cross-laminated timber), un procédé plus fin qu’un solivage classique, recouvert par des chapes légères de 5 cm d’épaisseur pour répondre aux exigences de la réglementation acoustique.

 

Enfin, le bâtiment est clos avec des FOB (façades à ossature bois), préfabriquées en atelier avec isolant minéral intégré, et mises en œuvre en tenant compte du scénario de déformation du bâtiment. « Notre expertise en synthèse clos-couvert a permis de calculer le déformé au niveau des façades, et de déterminer dans quel ordre les façades à ossature bois devaient être posées », ajoute Marine Denimal. Un bâtiment « vivant », en somme, dont il faut ausculter les moindres mouvements jusqu’au terme de sa construction.


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