Une crèche bois-paille révèle les atouts de la préfabrication
L’enjeu de la protection contre l’humidité
La gestion de l’humidité a constitué l’un des défis techniques majeurs du projet. L’isolation paille, intégrée dès la préfabrication dans les murs, a imposé une vigilance particulière entre la pose des éléments et la mise hors d’eau complète du bâtiment, un délai qui peut s’étendre sur plusieurs semaines. « Pendant ce délai, la paille doit être protégée de la pluie de manière provisoire, car l’humidité peut provoquer très rapidement l’apparition de moisissures sur ce type de matériaux », poursuit Jean-Claude Baudin, dirigeant de Charpente Cénomane.
Classé en cinquième catégorie d’établissement recevant du public, le bâtiment n’impose pas d’exigences de stabilité au feu des structures car le plancher bas de l’étage le plus élevé est situé à moins de 8 m du niveau d’accès des sapeurs-pompiers. L’utilisation massive de matériaux biosourcés a néanmoins imposé des précautions spécifiques, à commencer par le calcul précis de la charge calorifique du mobilier intérieur. « Selon le volume de bois dans une pièce, nous devons utiliser un panneau M1 qui ne se consumera pas de la même façon », détaille Martial Voisin, chargé d’affaires de l’entreprise Croixmarie, qui est intervenue sur le mobilier, mais aussi l’agencement, la menuiserie intérieure et la menuiserie extérieure.
Et ce n’est pas tout : « Les isolants biosourcés doivent être protégés par un écran thermique réalisé par l’enduit sur paille ou par un revêtement en plaque de plâtre », ajoute Jean-Baptiste Baudin. À l’interface entre structure et menuiseries, l’étanchéité a été traitée avec soin. « Nous avons positionné nos fenêtres avec des mousses imprégnées type “compriband”, qui se compriment à la pose puis se dilatent pour combler les jeux entre menuiserie et gros œuvre, assurant ainsi l’étanchéité à l’air et à l’eau », détaille Martial Voisin. Cette rigueur a permis d’exploiter pleinement les atouts de la paille, approvisionnée à moins de 100 km en bottes de 36 cm d’épaisseur.
« La paille possède cet énorme avantage : elle affiche au moins 100 kg du mètre cube contre 20 kg pour une laine de verre et 50 kg pour une laine de bois. Résultat : des performances équivalentes l’hiver, mais un réel avantage en confort d’été avec des bâtiments qui restent frais. De plus, le bois est une matière chaude. Si vous chauffez deux à trois degrés de moins, vous le ressentirez moins », précise Jean-Baptiste Baudin. Une qualité indispensable pour un établissement d’accueil de jeunes enfants, d’autant que le bâtiment privilégie une large ouverture sur l’extérieur grâce à de grandes baies vitrées.
Ces menuiseries monoblocs de 4,10 m par 2,50 m ont constitué l’un des défis majeurs du chantier. « Positionner un vitrage d’un seul tenant de cette taille représente une vraie difficulté. Nous avons dû utiliser des moyens spécifiques – ventouses de levage à dépression, palonnier dimensionné, coordination millimétrique – et des précautions particulières compte tenu du poids, de plusieurs centaines de kilogrammes », insiste Martial Voisin. Cette complexité s’est ajoutée aux exigences de coordination entre corps d’état. « La construction avec des isolants biosourcés demande une montée en compétences des autres corps d’état et même de la maîtrise d’œuvre. Nous avons besoin de beaucoup d’éléments de la part d’autres entreprises qui interviendront bien plus tard.
Toutes les traversées doivent être intégrées très tôt dans les études », précise Jean-Baptiste Baudin. Au-delà de ces contraintes techniques, l’argument environnemental demeure central. Le bois reste le seul matériau renouvelable capable de stocker du carbone dans le bâtiment. L’entreprise Charpente Cénomane en témoigne : son bilan carbone 2024 affiche un crédit grâce au bois stocké durablement dans ses chantiers.
Construction bois, entre percée et obstacles
Au-delà des performances du projet de Semoy, le développement de la construction bois se heurte encore à l’équation économique. « On nous oppose souvent les coûts. C’est en partie vrai, mais on compare des choses qui ne sont pas comparables », nuance Jean-Claude Baudin.
La construction en bois permet d’atteindre de hautes performances en matière de consommation énergétique, et ce projet en constitue un bon exemple. La réflexion financière doit s’inscrire dans une logique de coûts d’usage à moyen et long terme, ce qui rend ce type de construction économiquement pertinent. La sensibilisation progresse toutefois. Les maîtres d’ouvrage hésitent de moins en moins, encouragés par la RE 2020 et les futures réglementations qui favorisent les matériaux biosourcés.
Si bien que la construction bois s’impose déjà comme une norme sur certains types de projets, comme les petits établissements recevant du public. Reste un paradoxe : « Alors que la réglementation environnementale pousse au biosourcé, l’évolution de la réglementation incendie pourrait en limiter l’usage. L’enjeu consiste à élaborer des textes qui concilient sécurité et développement du biosourcé », conclut Jean-Claude Baudin.
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