Monuments historiques - Cristalliser les traces du passé

Tout bâtiment a une histoire. Toute entreprise a une histoire. Tous deux portent un devoir de mémoire, de préservation du passé et de transmission aux futures générations.
13:3419/06/2026
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Bâtimétiers Numéro 83 | juin 2026

Exposition aux intempéries, infiltrations dans les bâtis, les uns, témoins d’impacts de balles ou lieux d’exécution, les autres, endommagés par les incendies. Cette diversité de circonstances contribue à faire disparaître les traces du passé et à dégrader progressivement les constructions, de la maison érigée au xixe siècle aux édifices médiévaux des xiie et xiiie siècles.

 

L’entreprise Blanchon, spécialisée dans la restauration et la réhabilitation du patrimoine ancien et des monuments historiques, créée en 1931 à Limoges (Haute-Vienne) et reprise par ses cinquante salariés sous le statut de SCOP, propose un voyage historique en Haute-Vienne pour y découvrir trois chantiers atypiques sur des lieux marquants du patrimoine bâti, classés au titre des monuments historiques : le village martyr d’Oradour-sur-Glane, le château de Châlucet et le donjon de Château-Chervix.

 

Dans ce contexte, des recherches préalables, des recueils de témoignages et des lectures régulières des bâtis sont menés par la DRAC, l’Architecte en chef des monuments historiques et les archéologues afin de définir et d’ajuster le cadre et les recommandations techniques et architecturales du projet.

 

« Le chantier d’Oradour-sur-Glane revêt un caractère particulier : c’est un honneur et une grande responsabilité pour nous d’y intervenir. Lors de la restauration de l’église, les historiens ont exposé à nos salariés les faits marquants qui s’y sont produits le 10 juin 1944. Des membres de la famille de certains de nos salariés en ont été victimes », précise Ludovic Nouaille, P-DG de l’entreprise Blanchon.

 

L’entreprise a œuvré, à la demande de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, à la confortation et la cristallisation de quatre bâtiments en ruines du village martyr : les granges Hyvernaud et Beau, la boucherie Lanot et la quincaillerie Depierrefiche, qui présentait de fortes déformations au niveau des murs. Réalignés grâce à une structure métallique et des vérins hydrauliques, ils ont été repoussés sur 25 cm, permettant de créer une ceinture de maintien en béton, remaçonnés puis cristallisés par injection d’un coulis de chaux.

 

Le château de Châlucet, forteresse médiévale d’un village castral du xiiie siècle, Saint-Jean-Ligoure, représente l’ADN de l’entreprise Blanchon. « Selon nos archives, en 1955, nos salariés y sont intervenus en sabots et bérets, à 30 m de hauteur, sur quatre cordes et des planches de bois », explique Ludovic Nouaille.

 

C’est sur ce site, perché sur un éperon rocheux et boisé, que le chantier s’est déroulé. Ce projet de six mois, géré par le conseil départemental de Haute-Vienne, a porté sur la cristallisation des murs du château haut, une technique recommandée pour stopper les effets du temps. La dévégétalisation préalable du lierre, présent depuis plus de quarante ans, a été nécessaire.

 

Les maçonneries instables sont déposées et rebâties, les éléments en pierre de taille connus, reposés, et les arases, traitées en arrachement. Du fait de sa situation, le chantier a imposé une organisation minutieuse : les matériaux et matériels ont été livrés par héliportage.

 

La commune de Château-Chervix, dans un but de revitalisation patrimoniale, culturelle et touristique du territoire, veut redonner à son donjon médiéval de 32 m de haut, érigé au xiie siècle et incendié en 1551, son identité historique et architecturale. En raison d’un accès restreint, une organisation de chantier exclusivement in situ a été nécessaire pour favoriser sa mise en œuvre : un grutage important a été installé pour l’acheminement des outils et matériaux.

 

Ce projet vise à réhabiliter la partie supérieure du donjon, par la réfection de la toiture, la reconstruction des murs de 80 cm d’épaisseur, des espaces intérieurs, des escaliers et paliers en bois, et l’aménagement d’un belvédère. Expérimentée dans l’élaboration et la construction d’échafaudages, l’entreprise a finalisé leur montage sur le site début mars.

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