Un nouveau siège entre gros œuvre hybride et enveloppe performante

Un bâtiment tertiaire de 13.000 m² sur sept niveaux, une quadruple certification visée et un chantier contraint face à la gare de Strasbourg : le nouveau siège du Crédit Agricole Alsace-Vosges a conduit Demathieu Bard Construction à privilégier une approche constructive globale. Pour répondre à cette ambition, le gros œuvre dialogue étroitement avec l’enveloppe : béton bas carbone, bois PEFC, acier, matériaux biosourcés, réemploi et façades à forte exigence technique.
7:4614/09/2026
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Bâtimétiers Numéro 84 | septembre 2026

À Strasbourg, le Crédit Agricole Alsace-Vosges a fait le choix de reconstruire son siège sur son emplacement historique, face à la gare. Un site stratégique, mais particulièrement contraint, où Demathieu Bard Construction, mandataire d’un groupement de conception-réalisation réunissant notamment le cabinet d’architectes Denu Paradon & Associés, a mené en deux ans une opération de démolition-reconstruction portant sur un bâtiment triangulaire de sept niveaux, organisé autour d’une rue intérieure de 9 m de large recouverte d’une verrière.

 

Sur 13.000 m², l’ensemble accueille une agence bancaire, des bureaux pour plus de quatre cents collaborateurs, deux niveaux locatifs ainsi qu’un auditorium modulable de deux cent soixante places. Mais, au-delà de la complexité du programme et du site, la vraie singularité du projet tient à son ambition environnementale et technique : faire de cette opération l’un des premiers bâtiments français à viser simultanément BREAM Excellent, Passivhaus, BBCA Performance et R2S 2 (Ready2Services, bâtiment communicant).

 

Cette ambition de quadruple certification n’a pas seulement fixé un niveau de performance à atteindre. Elle a obligé le groupement à considérer le bâtiment comme un système complet, où chaque décision constructive devait répondre à plusieurs exigences à la fois : réduire l’empreinte carbone, atteindre le niveau passif, garantir l’étanchéité à l’air, préparer l’exploitation connectée et mener un chantier contraint en cœur urbain.

 


Matériaux biosourcés, réemploi, structure mixte et enveloppe performante participent ainsi d’une même recherche de cohérence. « La vraie difficulté, c’est que chaque choix devait être arbitré très tôt, puis tenu jusqu’à l’exécution. Sur ce type d’opération, on ne peut pas corriger les sujets les uns après les autres : il faut anticiper les conséquences d’un détail sur toute la chaîne de conception et de chantier », souligne Romain Gacquière, directeur Grands Projets de Demathieu Bard Construction.

 

Sur le plan structurel, cette approche s’est traduite par une solution mixte associant béton bas carbone, bois PEFC et acier, notamment pour la toiture. Au total, 1 200 m³ de bois ont été mis en œuvre dans un ensemble qui combine noyau béton, planchers CLT, planchers mixtes et éléments métalliques. Le rez-de-chaussée conserve, lui, une forte part de béton, en lien avec les exigences fonctionnelles et de sûreté d’un établissement bancaire.

 

Cette hybridation constructive ne s’arrête pas à la structure. Elle se prolonge dans l’enveloppe, l’un des points les plus sensibles du projet. Les façades ne relèvent pas d’un système unique : elles mêlent bois, pierre, brique, éléments vitrés, modénatures et grandes baies accompagnées de dispositifs de végétalisation sur deux niveaux. Certaines façades en pierre sont agrafées sur un complexe bois, selon une solution maîtrisée sans recours à une procédure expérimentale de type ATEx, avec une exigence forte de précision, d’alignement et d’étanchéité à l’air.

 

« C’est l’un des paradoxes du projet : le bois joue un rôle déterminant dans la performance du bâtiment, mais il est finalement assez peu visible. Il est là pour répondre aux ambitions carbone et énergétiques », explique Romain Gacquière. Cette ossature bois sert ainsi de support à certaines façades lourdes, habillées notamment de pierre des Vosges et de grès alsacien, dans une composition architecturale à la fois performante et inscrite dans les références constructives alsaciennes.

 

Dans ce contexte urbain dense, la méthode a compté autant que la conception. La préfabrication, la coordination BIM, la gestion commune de la logistique et l’organisation Lean ont permis de piloter un écosystème de deux cent cinquante entreprises, dont 90 % locales, tout en maîtrisant les nuisances. Le chantier n’a ainsi enregistré aucune plainte de riverains, dans un secteur pourtant très exposé. Livré à l’été 2026, le bâtiment a accueilli les équipes du Crédit Agricole dans la foulée.

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