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Bâtimétiers N° 59 - 2020 | Grand témoin

Pierre-André de Chalendar, président-directeur général de Saint-Gobain

Pour une relance forte et « verte »

Le PDG du groupe mondial de matériaux milite pour que la construction soit un élément important du plan de relance de l’économie française, et pour placer l’environnement au centre de la dynamique de reprise. La crise sanitaire pourrait jouer selon lui un rôle d’accélérateur d’innovation, au bénéfice d’un client final en attente de plus de confort dans tous les domaines.

Diplômé de l’Essec et ancien élève de l’École nationale d’administration, Pierre-André de Chalendar, après quelques années au service de l’État, est entré dès 1989 à la Compagnie de Saint-Gobain. Il y a dirigé notamment la branche Abrasifs, les implantations de l’entreprise au Royaume-Uni et en Irlande, le pôle Distribution Bâtiment, avant d’être nommé directeur général délégué, directeur général puis, depuis 2010, président-directeur général du groupe Saint-Gobain, aujourd’hui l’un des leaders mondiaux des matériaux de construction, présent dans 68 pays. Il est par ailleurs vice-président d’Entreprises pour l’environnement, coprésident de la Fabrique de l’industrie et président du conseil de surveillance de l’Essec.

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur votre activité de production et de distribution de matériaux de construction en France ?

Après quelques jours d’arrêt à la mi-mars, pour organiser la protection de nos salariés et nous mettre en état de servir nos clients en toute sécurité, nous avons rouvert très vite nos points de vente, puis nos usines. Nous avons mis en place une offre digitale immédiate, pour que nos clients puissent non seulement passer commande à distance mais aussi se former chez nous – nous avons enregistré une forte progression des formations en ligne sur nos produits. Nos usines et nos magasins sont montés en régime au fur et à mesure que les chantiers reprenaient, et début mai1, nous sommes déjà à 60 % de notre activité habituelle. Cela dit, redémarrer l’activité est plus simple à organiser pour nos usines ou nos sites de distribution que pour les chantiers, surtout les gros.

À l’échelle du secteur du bâtiment, comment voyez-vous se dessiner la reprise dans la période qui s’ouvre ?

La reprise est déjà là, et je pense qu’elle sera forte. Il faut souligner que l’année avait démarré sur une belle dynamique, surtout en rénovation, avec des carnets de commandes en positif pour les entreprises de travaux. Pour autant, il y a eu un trou important dans la génération de nouveaux projets, avec un arrêt des permis de construction et des transactions, et l’on ne sait pas encore à quel rythme va reprendre le marché de l’immobilier. La pierre est toujours une valeur refuge dans un environnement économique incertain et il y a beaucoup d’épargne disponible. Mais quelle sera l’attitude des consommateurs ? Il est trop tôt pour le dire. Quoi qu’il en soit, je milite fortement, comme la FFB, pour que la construction soit un élément important du plan de relance que prépare le gouvernement, dans l’intérêt de notre secteur comme de l’économie en général. L’adage « quand le bâtiment va, tout va » n’a jamais été aussi vrai !

Quelles leçons se dégagent dès à présent selon vous de cette crise ?

Je retiens d’abord la montée en puissance de la question environnementale, que l’opinion publique associe légitimement à celle de la santé. Ces sujets sont devenus tout d’un coup beaucoup plus proches et concrets, car chacun voit que la planète, comme les humains, est fragile. Cette prise de conscience est salutaire : il est essentiel que la relance soit « verte » et que l’on avance plus vite dans la transition énergétique. Notre secteur a une responsabilité majeure dans les émissions de gaz à effet de serre, mais nous avons aussi les solutions techniques pour réduire son empreinte environnementale, en construisant des bâtiments avec des matériaux bas carbone, des solutions légères et des systèmes énergétiques performants. Dès l’instant où des moyens financiers importants sont consacrés à la relance, nous devons saisir cette opportunité pour aller plus loin sur cette voie de la construction durable.

Plus généralement, cette crise va sans doute jouer un rôle d’accélérateur d’innovation. Nous vivons une période inédite, où nos entreprises ont dû revisiter leurs manières de travailler. Pour le monde du bâtiment, qui est traditionnellement plutôt conservateur, c’est une incitation à développer de nouvelles offres, de nouvelles pratiques.

Cela concerne en particulier le digital, mis au premier plan pendant la crise sanitaire par les contraintes de confinement. Certes, avec le besoin de conseil, la relation physique va redevenir centrale, mais je suis convaincu que l’appropriation du digital va s’accélérer dans la construction, notamment le BIM, qui a jusqu’à présent progressé plutôt lentement en France. La productivité est aussi un thème qui va aller croissant, avec le développement de nouvelles méthodes et solutions en matière de logistique de chantier, de préfabrication, et à plus long terme d’impression 3D… En somme, cette crise va peutêtre nous faire sauter des étapes dans la dynamique d’innovation !

Dans ce contexte, comment va évoluer selon vous la collaboration entre vos entreprises industrielles et les entreprises de construction ?

Quand je parle à l’instant de solutions qui améliorent la productivité, je pense avant tout aux gains de temps et de performance que cela peut générer pour les entreprises de travaux, qui sont nos clients. Cet objectif a toujours été ancré dans nos métiers de producteur de matériaux de second œuvre, comme le montre l’exemple historique de la plaque de plâtre. Cette collaboration est amenée à se renforcer avec le BIM, qui crée une relation plus forte et plus fluide entre tous les acteurs de la chaîne complexe du bâtiment. C’est en tout cas notre ambition, et c’est pour cela que le contact avec la FFB est pour nous très important.

Avec les entreprises de travaux, nous avons aussi pour ambition commune de répondre aux attentes de l’utilisateur final, en lui offrant plus de confort dans tous les domaines, qu’il soit thermique, acoustique, sanitaire, ou encore visuel pour profiter des apports de lumière naturelle. Notre politique d’innovation est très largement orientée dans ce sens. En peaufinant nos matériaux, nos systèmes et nos services, nous développons de multiples avancées concrètes et pratiques qui contribuent au final à rendre les habitations plus confortables, plus durables – et plus faciles à mettre en œuvre pour les entreprises du bâtiment.

En conclusion, quel est votre message aux artisans et entrepreneurs de la FFB ?

Je leur souhaite bien sûr de reprendre des commandes rapidement, pour eux comme pour nous d’ailleurs, et je voudrais leur dire que nous sommes à leurs côtés pour les aider à redémarrer leurs chantiers. Et puisque la période les y incite, qu’ils n’aient pas peur de revenir sur leurs habitudes de travail, d’innover, de s’ouvrir à de nouvelles techniques et façons de faire… En chinois, le même mot signifie « crise » et « opportunité ». Autrement dit : ceux qui regardent devant sont ceux qui ont le plus de chances de bien redémarrer !

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Cette interview a été réalisée le 5 mai 2020.